Les fêtes de fin d’année en Ukraine, des Scythes à nos jours (I)

La Noël ukrainienne a conservé le caractère à la fois mystique et frétillant que pouvait avoir jadis cette fête à travers l'Europe, d'un bout à l'autre du continent.

L’hybression russe – Analyse et chronologie détaillée 2002-2017

Guerres du gaz, guerres hybrides, cyberattaques, énergo-militarisme et autres perfidies venues de Russie. Après la famine artificielle, le chaos artificiel...

Les bordels de Lviv des origines à nos jours (I)

Si le temps a passé son voile opaque sur la belle Cité, il suffit de le soulever discrètement pour découvrir tout un monde aujourd’hui disparu. Un petit passage par les maisons closes qui vaut bien des nuits blanches en bibliothèque.

Gogol l’Ukrainien ?

Parmi les Ukrainiens ayant le plus compté dans l’Histoire de leur pays, le cas Nikolaï Gogol ou plus exactement Mékolaï Hohol en ukrainien, ne manque jamais de ranimer les thèmes éternels de l’identité et de la langue ukrainienne si malmenées dans ce pays depuis des siècles.

Amina Okouïeva assassinée par un commando

Un commando de tueurs embusqués s'est attaqué au célèbre couple de résistants ukraino-tchétchènes Adam et Amina Okouïev

Députés français ayant voté contre l’ukrainisation de l’enseignement en Ukraine

Les députés de La République en Marche ont constitué l'essentiel des voix

Représentant(s) de la « DNR » en France

Quand un politicien raté d'extrême droite se prend pour un diplomate

Dessins de presse: Entre rire et colère…

Petite collection de caricatures, anciennes et nouvelles, sur la Russie et l’Ukraine

Quand le soleil se baigne en Ukraine : la nuit d’Ivan Koupala

En d'autres mots, la Saint Jean d'été, fête du solstice et célébration de l’amour

De la danse au combat: jeux cosaques et hopak martial

Les "jeux cosaques" et le hopak martial mettent à l'honneur la culture martiale et les valeurs de la сosaquerie. Ils ont devancé le grand renouveau identitaire auquel on assiste aujourd'hui en Ukraine.

Arrow
Arrow
Shadow
Slider

18 mai 1944 : déportation totale des Tatars de Crimée

La journée dite du "Surgûn" commémore tous les 18 mai la déportation des Tatars criméens, ultime épisode génocidaire suite auquel la Crimée "qui-a-toujours-été-russe" devint russe à 90%. Demain les églises orthodoxes du Patriarcat kiévien vont sonner le glas en hommage aux Tatars de Crimée. Une première historique.

Comme bien d’autres génocides russes et soviétiques, le Surgûn est peu connu en Occident. C’est l’exil de force durant lequel TOUTE la population tatare fut déportée en Asie centrale. Soit 238.500 déportés et 110.000 décès dans les 18 mois suivants, soit un taux de mortalité de 46 % dû à la famine et aux conditions du « voyage ». Peu de temps après le Surgûn, des mesures administratives vexatoires vinrent compléter le nettoyage ethnique : l’autonomie de la presqu’île fut supprimée, et 80 % des noms de localités tatars furent changés en noms russes.

Ukrainiens et Tatars commémorent ensemble cette journée depuis quelques années, notamment depuis l’annexion russe en mars-avril 2014. En Ukraine continentale, une minute de silence sera respectée en hommage au peuple tatar. La Crimée occupée, elle, ne le pourra pas. Les autorités d’occupation ont interdit tout rassemblement, mesure désormais traditionnelle. Auparavant, Tatars et Ukrainiens se retrouvaient au somment du mont Çatır Dağ (Tchatér-dag) en prononçant le mot d’ordre : Millet! Watan! Qirim! qui signifient Peuple! Patrie! Crimée!

Fraternité dans le peuple
≡ Olena Teliha

Poétesse et militante nationaliste de premier plan, Olena Teliha est née en Russie dans un milieu russophone. Ce n'est qu'après avoir pris conscience de ses racines ukrainiennes qu'elle décidera d'apprendre l'ukrainien et de s'engager jusqu'au sacrifice ultime pour la libération de l'Ukraine. Opposée au nazisme comme au communisme, elle incarnera la fine fleur de la jeunesse idéaliste sourde aux sirènes des idéologies étrangères. Le texte que nous publions fait partie de ses derniers. Quelques mois plus tard en février 42, elle sera de la charrette : on pense qu'elle a été fusillée à Babyn Yar comme nombre de ses amis et frères de combat. Son plaidoyer contre l'internationalisme trompeur, faux-nez de l'impérialisme russe, n'a rien perdu de son actualité.

Read More

Le 9 mai 1945, drôle de victoire pour l’Ukraine

Tous les 9 mai, c'est la même histoire. Ou plutôt, la même version de l'histoire. L'Armée Rouge a libéré l'Ukraine et vaincu le fascisme. Vous me le copierez cent fois si vous n'y croyez pas !

Le dogme soviétique de la libération de l’Ukraine en 1945 serait un peu comme ces dogmes des temps antiques, révérés comme sacrés et voués à être transmis dans les siècles postérieurs; de ceux dont on ne polémiquerait même plus, car l’enjeu tant pratique qu’idéologique n’en vaudrait plus la peine. Pourtant, ce dogme soviétique est bien, de tous les autres, le plus abrutissant. Il court-circuite toute réflexion sur la nature réelle des relations entre deux peuples qui risquent dorénavant de s’affronter à tout moment.

Dogmatisme historique

D’après Poutine, la Russie aurait vaincu l’Allemagne même sans l’Ukraine (16 décembre 2010). Des propos qui blessent encore profondément les vétérans ukrainiens de l’Armée rouge. De Stalingrad à Berlin, en passant par la grande bataille de Koursk et le sanglant passage du Dniepr (500.000 morts, 10 fois le Débarquement en Normandie) ils ont tenu le front dans les pires souffrances. L’Ukraine fut détruite et pratiquement pas indemnisée, elle dut même reconstruire la Crimée dans les années 60. Quatre citoyens soviétiques sur dix tués durant la Seconde Guerre mondiale furent ukrainiens. Mais comme Poutine, la France n’en tient pas compte. Les 9 millions de morts ukrainiens ne valent pas même une pâquerette lors des cérémonies nationales. Il en est tout autrement des honneurs dévolus aux Russes, lesquels ont été conviés par la République aux cérémonies de 2016, et ce malgré la « crise » ukrainienne. C’est donc Poutine qui a « représenté » l’Ukraine sur les plages du Débarquement le 6 juin, juste après l’arrivée à Saint-Nazaire de 400 marins russes, débarquant en France pour se former à bords de navires d’assaut et de commandement Mistral.1

Quant au 9 mai ukrainien, il avait pris en 2014 après la révolution du Maïdane, un goût particulier. Aux parades habituelles du souvenir s’était ajoutée l’odeur du sang et de la poudre. On aurait dit une chasse aux hérétiques. A Donetsk, le chef de la fanfare ayant eu le tort de jouer l’hymne ukrainien, en fut quitte pour une gifle publique. Mais à Marioupil (ville totalement russifiée) les soldats ukrainiens venus libérer la préfecture aux mains des « terrorusses » se firent traiter de fascistes. On vit des civils, sans armes, en train de pourchasser les « nazis de Kiev » comme des fanatiques allant au martyre. L’effet « 9 mai » tous les ans redouté redoublait t’intensité. De nombreuses provocations avaient déjà eu lieu, avec blessés pas balles et rixes mémorables. Mais cette année-là on peut dire que la réalité dépassa la fiction. On rejoua littéralement la « libération » de l’Ukraine. Pas avec des figurants comme auparavant, mais à balles réelles.

Read More


  1. Le nouveau président ukrainien, Pierre Porochenko, a été invité au 70e anniversaire du Débarquement de Normandie après la première publication de cet article en 2014; c’est une première historique.  

Le paisible atome soviétique

J’adore cette phrase ukrainienne d’avant l’Indépendance: radianskéï mérnéï atom. Le paisible atome soviétique. Une phrase presque musicale, bien mieux taillée pour les déclamations d’un théâtre de plein air que pour les slogans d’idéologies à bout de souffle. Il est vrai qu’atome pacifique ou nucléaire civil soviétique aurait été des traductions plus adéquates, mais pour l’extérieur.

 

« Un printemps à Tchernobyl » d’Emmanuel Lepage. Un très bel album de bande dessinée consacré à Tchernobyl.

Pour l’intérieur, il fallait du paisible, oui, du tranquille, du genre « qui ne fait pas peur » même en temps de paix. Tout doux en somme, cet atome soviétique, doux comme un agneau, avec quatre pattes – pas une de plus, pas une de moins ! – puis, quand l’atome soviétique se fit moins paisible après ce beau week-end d’avril 1986, on se mit à le vilipender. On lui crachait son nuage radioactif à la gueule; espèce de sale Tchaès ! qu’on disait. C’est le sigle pour TCHornobilska Atomna Elektro-Stantsia: centrale nucléaire de Tchernobyl.

Read More

Sept sur onze…

D'après les sondages, deux tiers des Français voteront pour un candidat moscoutaire au premier tour. Seul 1 Français sur 10 votera pour un candidat résolument opposé à la politique russe en Ukraine et en Syrie.

D’après les derniers sondages, 66% des Français voteraient pour un candidat favorable à la Russie. Une première historique lors d’une élection française. Première fois également que des candidats évoquent un nécessaire changement de frontières en Europe orientale, – celles de l’Ukraine il va de soi. Jean-Luc Mélenchon a été le premier à le déclarer clarâ voce lors d’un débat télévisé.

En septembre 2014, le plus ukrainophobe des candidats avait voté contre l’accord d’Association UE-Ukraine. Quatre ans plus tôt, il avait vitupéré contre les Lituaniens pour les mêmes raisons, cette fois en leur demandant en prime d’aller se faire foutre (SIC). Mais le 20 mars dernier, le champion de l’extrême gauche touchait au fondement même de la paix en Europe. Lors du débat entre les cinq candidats majeurs de la présidentielle, Mélenchon évoquait sans barguigner une conférence de la Paix de sorte à modifier les frontières héritées de l’Urss.1 On s’en doute, au bénéfice de la Grande-et-Sainte.

Read More


  1. «Je veux être le président de la paix et faire une conférence de sécurité de l’Atlantique à l’Oural. Il faut qu’on rediscute de toutes les frontières issues de l’ancienne Union soviétique. Rien ne sert de se montrer armé jusqu’aux dents contre la Russie, mieux vaut discuter». (…) «Il faut qu’on rediscute de toutes les frontières. La frontière entre la Russie et l’Ukraine, est-elle à la fin de la Crimée ou avant? Je n’en sais rien. On doit en parler.»  

Quand le plus grand géographe français parlait d’Ukraine…

Elysée Reclus est un des plus grands géographes français. Dans sa monumentale Nouvelle Géographie Universelle, il décrit le présent et le passé de ces (comme on disait alors) Oukraïniens. En voici quelques remarquables extraits.

Parfaitement documenté au sujet de l’Ukraine – sans doute grâce à son ami et frère de pensée Michel Dragomanov, comme lui exilé en Suisse –, l’enfant terrible de la géographie française réconcilie avec la réalité cette science parfois fantaisiste qu’on appelle communément « géographie ». Les troisième et cinquième volets de la Nouvelle Géographie Universelle parus peu avant la fatidique alliance franco-russe, contiennent de précieuses informations sur les « Ruthènes »,  « Petits-Russiens » et autres Cosaques d’Ukraine, mais aussi sur les autres populations de la région comprise entre le Danube et le Don, en passant par la Crimée et le Kouban.

Ouvrage monumental, les extraits choisis concernent surtout ces populations et leur histoire, identité, mentalité, etc… bien que la géographie des ressources naturelles et certains détails de la vie économique ne manquent pas d’intérêt. A ce propos, autant prévenir le lecteur diasporien en mal « de racines » ou « d’authenticité » : certaines descriptions risquent de le déconcerter. Quant au Français qui ne voudrait voir en l’Ukraine qu’une sorte de Provence ou d’Occitanie, ce voyage risque de l’emmener loin de ses illusions.

On entend parfois que seules les âmes poétiques peuvent comprendre l’Ukraine. Mais cela n’empêche pas le sens critique et l’analyse rationnelle. Elysée Reclus possède toutes ces qualités.

Remarque importante – Quand l’informatique le permet, la graphie et l’orthographe sont telles que dans l’édition originale. Entre crochets : les corrections modernes et autres notes de PanDoktor. Nous reproduisons également les cartes d’état-major et les illustrations. Les notes originales sont renumérotées et parfois écourtées. Les titres et caractères gras ont été ajoutés pour le confort de lecture.

Read More

Tu mourras,
Tu brûleras, Ukraine
(Taras Chevtchenko)

En bon lecteur de la Bible, Taras Chevtchenko s'inspire ici du Livre d'Osée au chapitre XIV. Son imitation reprend le style prophétique des bibles en slavon, mais pour servir une idée tout à fait nouvelle, qui hélas à ce jour ne perd rien de son actualité...

Osée XIV

Tu mourras, tu brûleras, Ukraine,
Jusqu’à ne plus laisser de trace.
Et dire que tu pouvais te complaire
Jadis dans ta païenne débauche! ô Ukraine,
Mon cher, mon innocent pays !

Pourquoi le Seigneur te châtie,
Te châtie si durement? Sous Bohdàn,
Et sous Pierre de rage abruti,
Et sous ces ignobles pàns,
D’un bout à l’autre il t’anéantit…1

Il t’immolera encore, aveuglément
Et dûment, car dans sa grande clémence,
Sans mot dire, le Très-Patient patiemment
Mirait tes coupables entrailles
Avant de t’avertir crûment :

« Ne restera de toi que cendraille.
De ta beauté, de tes tenues,
Je consumerai tout, et toi-même
Pour l’holocauste te mettras nue.
Tes premiers-nés, de colère blêmes,
T’opprimeront, et tes bâtards comme d’innocents
Poussins, crèveront en ton flanc.
Villes et campagnes je noierais
Sous les larmes des mères éplorées,
Ainsi verra la terre déflorée
Que je suis le Maître et vois tout. »

Ressuscite, ô Mère! Et rentre
Chez toi ; sous ton lustre pose-toi,
Car à force d’endosser la coulpe
De tes fils, tu croulais sous son poids.

Après cette trêve, pauvre Mère, annonce
Et révèle à ta vile engeance qu’elle périra
La cruelle ; dis à tes indignes rejetons
Que leur vice, leur ruse, leur trahison
Marquent les âmes par le feu et le glaive sanglant,
Flamboyant ; que le cri de supplices incessants
Se fera entendre; dis-leur que rien n’émeut leur bon tsar,
Leur gentil trinqueur de hospodar,2
Qui jamais ne leur donnera ni à boire ni à manger,
Ni même une monture pour échapper au danger.

Nu refuge vous ne trouverez, en tout lieu
La loi du talion vous poursuivra ; et ceux
Qui auront guetté vos pas, un beau jour
Par surprise vous captureront,
Sans procès vous enchaîneront,
A la foire vous exhiberont,
Puis sur la croix, sans bourreau et sans tsar,
Démoniaques larrons, ils vous découperont,
Vous hacheront, vous crucifieront,
Après quoi, chiens, votre sang
Aux chiens sera jeté…

Tu ajouteras encore ceci, ajoute-le
Sans sermon. ‒ Vous avez, – dis-leur sans détour –
De vos mains souillées, donné jour
A votre propre espoir ; et vous faites
Accroire que le tsar est notre Dieu, notre espoir;
Qu’il prend toujours soin
De la veuve et de l’orphelin. ‒ Non en fait
Dis-leur plutôt ceci : ‒ Les dieux sont des menteurs,
Des idoles dans d’impénétrables palais,
Dis-leur que la vérité revivra,
Qu’elle inspirera, appellera, attirera
Non l’ancienne, l’antique parole
Malsaine, mais la parole nouvelle
Qui d’un seul cri la fera résonner
Et sauvera le monde prisonnier
De la grâce tsarienne…

St-Pétersbourg, 25 décembre 1859

 

ОСІЯ. ГЛАВА XIV

Погибнеш, згинеш, Україно,
Не стане знаку на землі,
А ти пишалася колись
В добрі і розкоші! Вкраїно!
Мій любий краю неповинний!
За що тебе Господь кара,
Карає тяжко? За Богдана,
Та за скаженого Петра,
Та за панів отих поганих
До краю нищить… Покара,
Уб’є незримо і правдиво;
Бо довго Довготерпеливий
Дивився мовчки на твою,
Гріховную твою утробу
І рек во гніві: — Потреблю
Твою красу, твою оздобу,
Сама розіпнешся. Во злобі
Сини твої тебе уб’ють
Оперені, а злозачаті
Во чреві згинуть, пропадуть,
Мов недолежані курчата!..
І плача, матернього плача
Ісполню гради і поля,
Да зрить розтлєнная земля,
Що я Держитель і все бачу.
Воскресни, мамо! І вернися
В світлицю-хату; опочий,
Бо ти аж надто вже втомилась,
Гріхи синовні несучи.
Спочивши, скорбная, скажи,
Прорци своїм лукавим чадам,
Що пропадуть вони, лихі,
Що їх безчестіє, і зрада,
І криводушіє огнем,
Кровавим, пламенним мечем
Нарізані на людських душах,
Що крикне кара невсипуща,
Що не спасе їх добрий цар,
Їх кроткий, п’яний господар,
Не дасть їм пить, не дасть їм їсти,
Не дасть коня вам охляп сісти
Та утікать; не втечете
І не сховаєтеся; всюди
Вас найде правда-мста; а люде
Підстережуть вас на тоте ж,
Уловлять і судить не будуть,
В кайдани туго окують,
В село на зрище приведуть,
І на хресті отім без ката
І без царя вас, біснуватих,
Розтнуть, розірвуть, розіпнуть,
І вашей кровію, собаки,
Собак напоять…
І додай, такеє слово їм додай
Без притчі. — Ви, — скажи, — зробили,
Руками скверними створили
Свою надію; й речете,
Що цар наш Бог, і цар надія,
І нагодує і огріє
Вдову і сирот. — Ні, не те,
Скажи їм ось що: — Брешуть боги,
Ті ідоли в чужих чертогах,
Скажи, що правда оживе,
Натхне, накличе, нажене
Не ветхе[є], не древлє слово
Розтлєнноє, а слово нове
Меж людьми криком пронесе
І люд окрадений спасе
Од ласки царської…

25 грудня 1859 р., С.-Петербург

 

Déclamation, par Andriy Sereda

 

 

 

 


  1. Les pàns, riches colons ou seigneurs polonais en Ukraine. Pierre, le tsar Pierre 1er, vainqueur de Mazepa à Poltava. Bohdàn, l’Hetman ukrainien Bohdan Khmelnytsky, signataire de « l’Union » entre l’Ukraine et la Russie en 1654. A ce propos, le dessin en couverture qui est de Chevtchenko lui-même, décrit la mort de l’Hetman.  

  2. Hospodar, puissant seigneur. 

Monde Russe:
des façades Potemkine
aux asiles enchantés

Les grands de ce monde font penser à de petits enfants: ce qu’ils adorent par-dessus tout, c’est donner l’illusion de leur propre grandeur à travers quelques trucs de comédien.

Le plus ancien d’entre eux, plus ancien que la Russie elle-même, remonte à cet antique et quasi alchimique « savoir-faire » grâce auquel on fit croire en la transmutation de la Russie de bois en Russie dorée. Il suffisait de porter la fameuse couronne de Monomaque, prince ruthène du XIIe siècle, pour rendre le titre de tsar plus légitime quelques siècles plus tard. Mais ce n’était qu’une légende. Il ne s’agissait pas d’un présent byzantin, mais bien d’un fake tatar, un vulgaire bonnet emperlousé.

À en croire ce qu’en disent les témoins oculaires, les feux d’artifice pétroviens furent les plus fastueux jamais tirés. On les montrait à la moindre occasion, du reste souvent la même, comme la prise d’une forteresse ennemie ou le retour d’une terre « perdue », au choix. Avec un tel theatrum de feu et de lumières, ce petit tyran de tsar rendait clos et cois les diplomates étrangers, lesquels devaient croire qu’un kilo de poudre en Russie valait moins qu’un kilo de sable.

Plus tard Catherine la grande à fin de justifier de son épithète redoubla d’efforts et d’imagination lors des jubilés et autres grandes fêtes de la cour, dans les monuments à la gloire des tsars, les spectacles pyrotechniques, les extravagances théâtrales, et bien sûr les interminables parades et autres mascarades. Cette ambitieuse tsarine atteinte de graphomanie aiguë se piqua, dit-on, d’écrire une tragicomédie pseudo-historique, Crimée russe ! dont l’histoire s’écrit encore de nos jours… La mémoire du mythique voyage qu’elle effectua par-devers les terres tatares de Crimée et les terres cosaques de Nouvelle Russie (Novorossia) demeure encore vivace de nos jours, tant ce déplacement d’une impératrice déjà fort imbue de sa personne fut marqué par une pompe jusqu’alors inédite. Pourtant Catherine n’est le plus souvent connue dans l’histoire qu’à travers les anecdotes peu catholiques au sujet de son intimité, et bien sûr par cette fameuse locution des villages Potemkine, du nom d’un de ces ministres et amants qui construisit de faux villages en Crimée. Leurs façades luxueuses devaient accréditer l’idée d’une Nouvelle Russie prospère et heureuse.

La Russie des soviets se débarrassa des tsars, mais conserva son goût pour l’art de l’illusion, pensant pouvoir multiplier le pain du peuple d’un simple trait de plume bureaucratique. La Russie d’aujourd’hui s’efforce avec plus ou moins de bonheur de recycler l’ancien éclat tsariste sans pour autant renier l’engouement typiquement soviétique pour toute sorte de numéros bon marché et autres shows populaciers.

Les largesses olympiques de Sotchi, par exemple, devaient consacrer la rémission économique et politique d’une puissance au passé prestigieux et toujours pourvue de grasses provendes. En un mot, on devait assister au retour de la Russie Impériale parmi les grandes nations.1

Car créer des mondes parallèles via les médias, « inspirer » des journalistes tout en les mettant au pas, envoyer de la poudre aux yeux en tenant un discours de grande puissance, éblouir son monde sous les torches gazpromiennes, faire des tours de passe-passe statistiques, jongler avec les âmes mortes tout en manipulant les vivantes, cultiver l’art du trompe-l’œil avec les troupes envoyées en Ukraine, faire apparaître et disparaître des chars tombés du ciel ou de mystérieux convois humanitaires au contenu invisible, le corps de soldats officiellement absents ou encore d’éphémères « petits hommes verts » sortant du chapeau au débotté comme de blanches colombes… de la paix, il va de soi ! – oui, tous ces trucs de magicien, Mère Russie en a plein sa fausse manche. Le clou du spectacle cette année, ce sont les réfugiés d’Ukraine. Du sensationnel. Un phénomène que l’Ukraine depuis toutes ces années d’indépendance n’avait encore jamais connu (en plus des « boïoviks », ces combattants hors la loi importés de Russie, autre surprise de la saison).

Read More

L’Unité religieuse et politique de l’Ukraine, une chimère?

Il y a 125 ans naissait en Galicie un homme hors du commun. Patriarche de l’Église gréco-catholique ukrainienne déporté au Goulag puis libéré grâce au président Kennedy, le cardinal Joseph Slipyj garde à ce jour une immense aura parmi les "uniates" ukrainiens. Plus de 35 ans après sa publication, le Testament spirituel du patriarche prônant l'unité religieuse et politique de l'Ukraine demeure d'une grande actualité. Un autre cardinal, Andreï Sheptytsky, eut sur son successeur une influence déterminante. Deux autorités morales qui font cruellement défaut aujourd'hui.

Voix forte de l’Église du silence, patriarche rebelle et patriote, Joseph Slipyj1 n’est pas de ces Éminences « grises » dont regorge l’histoire. Son ministère, exercé avec panache dans les conditions les plus extrêmes, valut très vite au personnage une place d’honneur au sein du panthéon ukrainien. Et si Rome le porta également au pinacle, les revendications patriarcales du cardinal ne manquèrent pas d’embarrasser ceux qui au Vatican considèrent le « problème uniate » comme incompatible avec les intérêts de l’Église romaine en Russie et alentour.

Fidèle à ses convictions politiques, Joseph Slipyj s’est toujours fait une certaine idée de l’Église ukrainienne et de sa vocation particulière. Promise à un bel avenir au temps où Kiev rayonnait par sa culture et son commerce, l’Église Kiévienne perdit son unité au gré des circonstances historiques, s’impliqua dans des querelles qui n’étaient pas les siennes et finit par devenir une boîte de Pandore que les Ukrainiens peinent toujours à refermer. Cette Église, berceau spirituel des trois plus grands peuples slaves, a constamment bataillé pour son indépendance, son identité et, en quelque sorte, son exception culturelle. Ce fut le cas non pas contre une, mais contre trois Rome simultanément: l’italienne, avec sa conception particulière de l’universalité ; la byzantine, qui refusa la prééminence de la première ; et enfin la moscovite, qui se croit toujours héritière des deux dernières.2

Read More


  1. En ukrainien Йосиф Сліпий, transcrit Slipyj à l’anglo-saxonne, mais qui se prononce Slipéï en français. 

  2. Voir à ce propos notre article: Moscou troisième Rome? 

La donbassification
de l’Ukraine

Maxime Vikhov, Donbassien depuis au moins quatre générations, sociologue, journaliste, passionné de culture ukrainienne, d’éthique et de politique, signe ici un article lucide sur l’état de l’Ukraine bien plus divisée par l’absence d’État unitaire qu'autre chose. L’avenir s’annonce des plus sombres pour le pays si Kiev n’impose pas son autorité au-dessus des clans politico-mafieux. Avis aux décentralisateurs de tout poil.

De l’ukrainien par NSM

 

Considérer le Donbass comme une entité spécifique et la sédition qui s’y déroule comme la résultante de contingences historiques, voilà une idée bien commode. Les Ukrainiens peuvent donc dormir sur leurs deux oreilles sans craindre de se réveiller un jour citoyens d’une « république » pirate. Mais en réalité, le scénario donbassien menace d’autres régions d’Ukraine, y compris hors des confins orientaux et méridionaux du pays. Pour évaluer cette menace à sa juste mesure, il faudrait pour un temps oublier la main de Moscou et arrêter notre regard plus particulièrement sur la nature du pouvoir ukrainien, notamment sur la façon dont fonctionne l’État unitaire en Ukraine.

Il n’est un secret pour personne que les rouages administratifs actuels sont hérités de la République socialiste soviétique d’Ukraine : en premier lieu, son hyper-régulation et son centralisme bureaucratique excessif. En bref, tout ce dont se plaignent les partisans de la décentralisation, et leurs critiques visent juste : les rouages administratifs en leur état actuel entravent le développement des régions et plombent durablement le pouvoir central sous des problèmes d’ordre local. Or, cette concentration du pouvoir (ne résidant qu’en la seule capitale) laisse la porte grande ouverte à divers abus, voire à l’usurpation du pouvoir lui-même. Mais il ne s’agit que du côté formel de l’administration de l’État. En réalité l’Ukraine est déjà décentralisée de par son découpage en baronnies locales, demeurant loyales au pouvoir central tant que les intérêts de leurs barons ne se voient remis en cause.

L’exemple type d’une telle baronnie est le Donbass tel qu’il était avant la guerre. Dans les premières années de l’Indépendance, une puissante élite locale s’y est rapidement fixée, élite qu’on pourrait qualifier en français de « Doneskonnection ». Celle-ci a fait main basse sur toutes les fonctions du pouvoir local ainsi que sur les ressources économiques régionales, cependant que l’influence de Kiev s’y réduisait jusqu’au strict minimum. Ce qui explique toutes les tentatives infructueuses de Viktor Youchtchenko d’y installer des gouverneurs loyaux à Kiev après la Révolution orange en 2005.

Mais le pouvoir de la Donetskonnection, l’Ukraine en a vraiment pris la mesure sous la présidence de Yanoukovitch, quand les Donetskiens entamèrent la purge systématique des éléments « étrangers » dans tous les domaines de la haute fonction publique, « ponctionnant » au passage dans les flux financiers et en s’appropriant les industries et autres business. Jouer aux petits séparatistes n’est qu’une des manifestions de l’assurance dont peuvent faire preuve ces barons donetskiens, barons qui n’ont pas seulement osé défier l’État central, mais ont même tenté de mener leur propre politique étrangère. Que le Kremlin les ait utilisés pour ses propres intérêts ne constitue qu’une récidive de plus. De surcroît, la débâcle complète du clan de Donetsk ne change en rien les données du problème, qui est global en l’Ukraine : elle n’a fait que le mettre en évidence.

Prenons à titre d’exemple le cas du « Klondike ambré » (NDT : il s’agit des exploitations sauvages et dévastatrices de l’ambre de rivière, près de la Pologne en Volynie). Malgré les menaces du président Porochenko sur Facebook, stopper ce genre de pillage s’avère toujours impossible. De sorte à mettre fin à la furie des pailleteurs, le chef de l’administration régionale de Rivnè a récemment demandé au Ministère de l’Intérieur le déploiement de la Garde nationale dans l’oblaste. Mais les trafiquants n’hésitent pas à répliquer aux forces de l’ordre, à main armée notamment. Les activistes locaux d’Euromaïdane avaient à peu de choses près formulé les mêmes demandes d’intervention de la part de Kiev, quand au printemps 2014 la région de Donetsk et de Louhansk commençaient à tomber sous la coupe de factions séditieuses.

Dans le cas de la Volynie, il ne s’agit pas tant de crime organisé que de l’incapacité de Kiev à contrôler une région supplémentaire. Il s’avère que les leviers institutionnels ne sont plus capables de peser sur les événements, le pouvoir étant passé entre les mains des barons locaux. Idem en Transcarpathie, où rien n’arrête les contrebandiers. Les barons locaux y ont même installé des passages frontaliers privés, gardés par des armées privées. Mais ce ne sont là que les cas les plus criants d’usurpation de pouvoir au niveau local. En réalité, cette division du territoire national en baronnies concerne pour ainsi dire toute l’Ukraine. Qu’on les qualifie de groupes politico-financiers, de clans oligarchiques, ou sous quelque appellation que ce soit, le fond du problème ne varie guère. Pour les communautés en région, cela signifie l’usurpation et la concentration des pouvoirs ainsi que des ressources économiques entre les mains d’un petit cercle de personnes ; et pour l’État, il ne s’agit que d’un consensus établi entre les dirigeants du pays et les barons locaux. Consensus qui implique, pour chaque nouveau président, une réactualisation du contrat renouvelant l’offre de garantie et d’immunité apportées auxdits barons. C’est ce que fit justement Viktor Youchtchenko, en tombant sous le chantage de la Donnestkonnection et en contractant avec elle une sorte d’accord tacite de non-agression. Read More

Du nationalisme,
voilà ce qu’il faut à l’Ukraine

Rares sont les articles en faveur du « nationalisme ukrainien » tant honni de l’intelligentsia occidentale. Mais Anne Applebaum, prix Pulitzer, spécialiste des pays de l’Est et éditorialiste au Washington Post, nous rappelle qu’il ne saurait y avoir de démocratie viable sans foi en la nation. Article paru il y a deux ans dans la « New Republic » et qui n’a rien perdu de son actualité, bien au contraire…

De l’anglais par NSM

 

Fermez les yeux, puis répétez ces mots : nationaliste ukrainien. Une image pourrait bien vous venir à l’esprit, sans doute un type barbu, crâne rasé et moustache en croc. Il porterait un uniforme noir ou un veston de cuir et des bottes. Selon votre pays, vous pourriez aussi imaginer que c’est un antisémite ou un tueur de paysans polonais. Comme tout stéréotype, celui-ci sera lié à certaines réalités historiques. Deux générations avant la nôtre, il y eut des Ukrainiens qui, pris entre les deux dictatures les plus sanguinaires de l’histoire, collaborèrent avec les nazis contre l’Union soviétique. Certains participèrent aux crimes de masse commis contre les Polonais, d’autres aux crimes de masse commis contre les Juifs.1

Mais cette mauvaise image cache d’autres réalités historiques et place hors champ tout un groupe de nationalistes ukrainiens moins ignobles : ceux qui dans un pays géographiquement plus chanceux seraient devenus les Garibaldi, les Sándor Petőfis ou les Jeffersons d’un État ukrainien moderne. Tel Mykhaïlo Hrouchevsky par exemple, nationaliste éclairé et auteur des premiers livres sur l’histoire de l’Ukraine qui présida le parlement ukrainien durant la brève indépendance de 1917 et 1918, avant que l’Ukraine ne soit défaite puis absorbée par l’URSS.

Mais plus que tout, cette image nous cache l’histoire réelle de la grande majorité des nationalistes ukrainiens du XXe siècle ; de ceux qui plus tard allaient devenir la cible majeure des purges, famines artificielles et autres déportations. Entre 1932 et 1933, trois à cinq millions de paysans ukrainiens furent délibérément affamés jusqu’à ce que mort s’ensuive ; Joseph Staline craignait la force du nationalisme rural. Une fois ces Ukrainiens éliminés, on amena des Russes, parfois déportés depuis d’autres coins de l’Urss, afin qu’ils vivent dans ces villages dépeuplés, achevant ainsi le processus de génocide culturel. Les arrestations de personnes considérées « trop ukrainiennes » allaient continuer jusque dans les années 1980.

Read More

Première Indépendance
– Chronologie succincte 1917-1921

Les événements cruciaux de 1917 et des années suivantes en Ukraine, regroupés par entité politique ou étatique. Ci-dessous, quelques cartes d'époque résumant les revendications territoriales ukrainiennes basées sur le principe des nationalités. Le Kouban est clairement désigné comme ukrainien. Une partie ou la totalité de la Crimée également.
Voir les cartes

Revendications ukrainiennes à la Conférence de Paris. 1919.

Revendications territoriales ukrainiennes d’après Dyatchyshyn, 1918.

Carte ethnographique de l’Ukraine. Schäffer, 1918.

Carte belge de 1930

 

EMPIRE RUSSE (en révolution)
  • Février 1917 – Révolution modérée en Russie. Gouvernement provisoire de Kerenski.
  • Mars 1917 – Abdication du tsar Nicolas II ◊ En Ukraine, création de la Rada Centrale, conseil des Ukrainiens puis de toute l’Ukraine. Les frontières administratives de l’Ukraine ne sont pas approuvées en Russie.
  • Mai-juin 1917 – Création d’un Comité militaire ukrainien destiné à organiser la future armée régulière de l’État ukrainien. Petlura a sa tête. Vénnétchenko dirige le gouvernement du Conseil ukrainien.
  • Juillet 1917 – Gouvernement provisoire de Kerenski en Russie. Il reconnaît le gouvernement autonome ukrainien.
  • Octobre 1917 – La Rada Centrale évince militairement (mais sans violences) le Gouvernement provisoire à Kiev. ◊ Putsch bolchevique contre le Gouvernement provisoire en Russie, également sans violences.
  • Novembre 1917 – Les bolcheviques tiennent Moscou. Promesses d’autodétermination pour les peuples de l’empire russe. ◊ En Ukraine, proclamation de l’UNR, République populaire d’Ukraine, par la Rada Centrale. Autonomie dans le cadre d’une confédération avec la Russie.
  • Décembre 1917 – Lénine reconnaît officiellement le droit de l’UNR à l’indépendance. Au Congrès des soviets à Kiev, seuls 4% des délégués sont bolcheviques. ◊ Les bolcheviques d’Ukraine font sécession et tiennent un Congrès alternatif à Kharkiv. Seuls 4 Ukrainiens y participent, mais il est décidé que le Donbass sera transféré à la Russie et l’Ukraine fédéralisée au sein de la Russie bolchevique. ◊ Lénine fait volte-face et envoie des gardes rouges à Kharkiv en vue de reprendre l’Ukraine.
TRAITÉS de BREST-LITOVSK
  • Fin décembre 1917 – Délégation de l’UNR (République populaire d’Ukraine, indépendantistes) en vue d’une paix séparée avec l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie.
  • Janvier 1918 – INDÉPENDANCE. En échange d’une paix séparée, moyennant l’approvisionnement en céréales des Empires centraux, l’UNR demande assistance à l’Autriche et à l’Allemagne contre la Russie Bolchevique pour tout le territoire ethnique ukrainien. Clause secrète signée avec l’Autriche-Hongrie prévoyant la création d’un Etat ukrainien (Galicie + Bucovine) au sein de la couronne.
  • Mars 1918 – Sous la pression allemande, les Bolcheviques russes reconnaissent l’UNR (Lénine temporairement « favorable » à l’indépendance ukrainienne, misant sur la Révolution mondiale). En mai, toute l’Ukraine, le Don et le Kouban sont libérés.
  • Novembre 1918 – Après l’Armistice et la défaite des Empires centraux, la Russie bolchevique annule le Traité.

Read More

Intraduisible Donbass
« Chroniques d’une anarchie anachronique »

Non, contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce n’est pas à cause d’une surdose d’obscénités russes « version locale ». En réalité, les raisons en sont plus profondes et partent d’une veine plus philosophique. Le problème, estime lui-même le toujours très pertinent Victor Erofeyev, écrivain et traducteur russe, c’est que la langue de nos protagonistes est déjà originale en soi, tout comme peut l’être leur système de pensée en général. Leur patrie, ce n’est pas la fameuse DNR, autrement dit la république populaire (très populaire…) de Donetsk, ni même leur fantasmée Novorossia, mais une… ville utopique, Tchevengour, que les lecteurs d’Andreï Platonov connaissent bien. Ville fictive donc, et pour une fois au sens littéraire, et pas uniquement politique.

Pour tout problème traductologique, on peut se fier à Victor Erofeyev: c’est non seulement l’un des auteurs russes contemporains les plus connus dans le monde, mais surtout un être biculturel de nature, autotraduit en français et en quelque sorte un enfant de Paris. Il est issu d’une famille elle-même assez originale, ses parents ayant tous deux traduit et, à ce propos, son père qui faisait partie du corps diplomatique soviétique, fut même l’interprète personnel de Staline dans la langue de Molière.

Revenons donc un siècle plus tôt, quand Andreï Platonov était en train de devenir l’écrivain que nous connaissons. Ce n’est peut-être pas le plus lu d’entre les classiques russes, mais il en demeure sans doute le plus actuel. Ces incomparables héros sont encore à la page et semblent vivre parmi nous. Et si, comme le proclame Alexandre Nevzorov, la littérature russe – entre l’hystérie des cherchent-dieu à la Dostoïevski et les peines d’amours inassouvies des chlorotiques demoiselles en crinoline de Tolstoï – est aujourd’hui largement périmée, l’œuvre de Platonov quant à elle résiste toujours au temps qui passe, et vivra tant que vivra l’immortelle âme russe. Car selon la très juste formule de Victor Erofeyev, le génial Platonov n’est rien moins que le Jung du peuple, l’analyste, pour ainsi dire, de l’inconscient russe et le guide des plus sombres, des plus occultes tréfonds de leur âme nationale. Et il y a découvert quelque chose que le peuple plein-de-dieu, ni ses thuriféraires étrangers ne veulent ni voir ni entendre, aimant comme toujours l’âme russe à distance et à travers ces nobles intellos névrosés qu’on rencontre chez Tolstoï, Dostoïevski et Tchekhov.

Contrairement à ces derniers, Platonov était issu du peuple ; c’était qui plus est un « vrai » ingénieur, et pas juste un ingénieur des âmes humaines, comme Staline aimait appeler les hommes de lettres. Il connaissait donc le mécanisme interne de son peuple sur le bout des doigts et pouvait littéralement le démonter pièce par pièce pour nous en restituer la moindre fibre, mettant à nu ces archaïques, anté-logiques et pré-rationnels structures mentales, qui n’étaient au fond que celles de sa propre tribu avec tout le soubassement de leurs antinomies primaires: familier/étranger, supérieur/inférieur, fort/faible, noir/blanc, etc. Après avoir, de sa plume acérée, extirpé la psyché populaire qui gisait au plus profond du for intérieur collectif, il lui offrit sa Parole. Mais une parole à part, barbare, puérilement naïve, primitive, truffée de subtilités, défigurés et ipso facto à peu près impropres à la traduction.

Cette image n’est claire pour personne, sauf pour nous. Platonov est intraduisible, car les autres langues ignorent les valeurs et les « notions » décrites par Platonov dans Tchevengour. – Victor Erofeev

Platonov est impérissable également de par l’Utopie dont il traite dans ses œuvres. L’Utopie n’existe pas seulement en dehors de la géographie réelle, comme nous le savons, mais aussi au-delà du temps, au-delà de l’histoire1. Tchevengour, ville éponyme du principal roman de l’écrivain, n’est pas localisable avec précision, mais on devine que l’action se déroule quelque part aux confins de l’Ukraine et de la Russie, dans le terroir natal de l’auteur lui-même, perdu entre Voronej et Belgorod – c’est à dire dans une zone de turbulence accrue, où perdure l’éternelle bataille des limites, y compris des limites civilisationnelles. On aurait pu, avec autant de fortune, planter l’action quelque part entre Thorez et Anthracite, ou disons un quelconque Léninabad2 qui à l’inverse de son prototype historique, résiste aux cataclysmes de l’histoire et ne suit pas la grande vogue ukrainienne des léninopads (comprenez : chutes des statues de Lénine)3.

Read More

L’infantilisme
du monde russe

Sur son blogue, Arkady Babtchenko, un ancien de Tchétchénie devenu journaliste, auteur et correspondant de guerre, fustige la société russe infantilisée par la télévision. L’ex-officier russe voit dans cette médiocrité télévisuelle l’origine de la guerre d’agression menée par Poutine contre l’Ukraine. Et plus que la propagande elle-même, un terreau prédisposant les Russes à suivre en masse l’idéologie mondorussienne.

Du russe par NSM

 

Sion me demandait de définir ce qu’est le Rousski Mir (Monde russe) en un seul mot, je répondrais sans hésiter: infantilisme. C’est la notion qui décrit le mieux l’état de la société russe d’aujourd’hui. Par infantilisme j’entends tout d’abord l’inaptitude à répondre de ses actes. L’inaptitude à établir les relations de cause à effet; à comprendre que tels ou tels actes entraîneront telles ou telles conséquences. (…)

Mais là où ça devient intéressant, c’est que cet infantilisme de masse est loin d’être un phénomène limité à certaines catégories. Dans le cas d’alcooliques congénitaux, avoir des synapses et des neurones de dégénérés après tout l’éthanol absorbé de génération en génération est une chose qui va de soi. Avec ceux-là, tout est clair. Une absolue, invétérée et fixée par des générations primaire stupidité. Rien sur quoi une personnalité adulte pourrait s’appuyer pour se développer. Jusqu’ici, ça va, tout est clair.

Seulement voilà, l’infantilisme a gagné toute la société, de son sommet jusqu’à sa base, et ce, indépendamment du statut, de la fortune, ou de la « caste » – voilà ce qui cloche ! (…)

Diffuser des spots sur le petit garçon crucifié de Sloviansk1. Y croire. (…) Faire des exposés sur l’euro-fascisme, le bandéro-fascisme, le turco-fascisme, le libéral-fascisme. Aller tuer des « bandéros »2 parce qu’ils bannissent le russe. En faire des émissions de télé. (…) Chasser des universités les étudiants turcs. Licencier un professeur pour un article. Soutenir la primauté du droit russe sur le droit international. Et ensuite assigner la Turquie en justice. Verser dans le dithyrambe en s’adressant aux hommes du pouvoir…

Chez l’adulte, il existe une notion appelée dignité. C’est une notion absolument non matérielle. Qui ne « rapporte » pas, alors que l’enfant est prêt à s’abaisser pour un bonbon. Sa personnalité, socle sur laquelle doit se constituer son sens de la dignité, n’existe pas encore. Un individu adulte, dont la personnalité est déjà formée et consciente d’elle-même, ne va pas faire le zouave pour le simple appât du gain. Chez les personnalités solidement constituées, cette notion abstraite s’avère supérieure aux valeurs matérielles.

« One Soldier’s War in Chechnya » d’Arkady Babchenko

Ainsi, un adulte ne presserait pas des tonnes de tomates sous la chenille de son tracteur. Il ne monterait pas dans son bulldozer pour écraser des oies saisies dans un petit magasin de campagne…3 Tout simplement parce que c’est honteux. Encore une notion abstraite que le monde infantile ignore. Mais autant on peut comprendre qu’un enfant de trois ans ne puisse comprendre pourquoi toucher le soleil avec un lance-pierre est impossible; ou qu’un tâcheron ne puisse comprendre pourquoi écraser des tomates avec un tracteur, ce n’est pas bien; autant l’impossibilité d’expliquer à un professeur, à un médecin, ou à un ingénieur une règle élémentaire comme on ne prend pas à autrui ce qui ne nous appartient pas, a de quoi marquer.

Prenons un adulte. Intelligent, même. Mais dont une partie du cerveau, complètement bouffée par la télé jusqu’à l’infantilisme le plus absolu, empêche les impératifs moraux les plus basiques dans une société adulte d’atteindre la conscience. Toute conversation, toute discussion est alors impossible. On est en face d’un petit capricieux en pleine crise d’hystérie. « Et pourquoi tu as volé la Crimée au petit Pétia ? (Pierre Porochenko) Voler, c’est pas bien. Aller, rends-la. Les lois c’est fait pour qu’on les respecte. » Nan ! J’la rendrai pas ! C’est à moi ! C’est MA Crimée ! J’la rendrai pas ! C’est mon joujou ! Et c’est tout.

Aller se battre dans le Donbass pour payer un crédit n’est pas une conduite d’adulte. Renier son soldat de mari mort dans le Donbass contre une indemnité n’est pas une conduite d’adulte.4 Être officier des spetsnaz dans le GRU (!) et se rendre derrière les lignes ennemis pour bêler : non, c’est pas moi, je suis là à l’insu de mon plein gré, n’est pas une conduite d’adulte. Crier Vas-y, Poutine, envoie les troupes et par la suite s’étonner que l’Ukraine fasse donner l’artillerie n’est pas une conduite d’adulte.

Bon sang, mais à quoi bon continuer la liste, quand le chef suprême des armées en personne arrive à renier ses propres soldats en disant qu’ils n’y sont pas, et dans le même temps les envoie au feu sans écussons ni insignes, avec des avions sans cocardes… L’infantilisme élevé au rang de politique d’État. Sans doute un cas unique dans l’histoire.

L’adulte se distingue essentiellement par son aptitude à être responsable. Responsable d’autrui, responsable de son pays, mais surtout, responsable de ses propres actes. Même l’Union Soviétique le lui apprenait. Même le pays des soviets, qui opprimait la moindre manifestation d’individualité, enseignait qu’il fallait être droit, qu’il ne fallait pas mentir, mais répondre de ses actes. Le poutinisme est sans doute le premier régime de l’histoire dont l’idéologie officielle prône une conduite asociale. Et la quintessence en est, bien sûr, le Donbass. Une guerre qui ne souffre aucune concurrence, sauf peut-être celle du Congo, avec des garçons de 11 ans découpant des villageois à la machette.

Au référendum, on a voté dans l’espoir que Poutine nous prenne avec lui, comme il avait pris la Crimée, confie sur Radio Svoboda une réfugiée du Donbass, se retrouvant à Pskov, dans le nord de la Russie, et sur le point d’être expulsée de son hôtel. Mais… bordel de Dieu… j’ai lu cette phrase il y a quelques jours déjà, et je ne sais toujours pas par quel bout la prendre. Parce qu’on voulait que Poutine nous prenne avec lui : c’est du point de vue de l’adulte une phrase totalement dépourvue de bon sens. Une simple suite de mots sans contenu rationnel.

Read More

Russe ressentiment (II)

Seconde et dernière partie de l’article de Serge Medvedev publié dans les Annales de la Patrie. Comment, dans la Russie « humiliée » par l’Occident, le Kremlin manipule la vox populi pour fabriquer des ennemis en général, et le « fascisme ukrainien » en particulier. Voilà en substance la teneur de cet article, un des rares en Russie à refléter lucidement la situation du pays. D’autres seront encore traduits dans notre série « Ressentiment » consacrée à l’un des aspects les plus manipulatoires du conflit russo-ukrainien.

Du russe par NSM et Anna Khartchenko

Ressentiment poutinien

La Russie des années 2000 est un clair exemple de ressentiment appliqué à la conduite de l’État. Un des plus grands mythes de l’ère poutinienne, activement diffusé dès les premiers mois de l’arrivée de Poutine au pouvoir, fut la théorie de la défaite : à commencer par les lamentations sur la plus grande catastrophe géopolitique du XXe s. que fut la chute de l’URSS, jusqu’au thème médiatiquement consacré des méchantes années 901. Mais pour les têtes bien faites, l’effondrement pacifique de l’Union soviétique (contrairement au cas explosif de la Yougoslavie) ne fut pas une défaite. Conservant l’essentiel de son territoire, sa population, son potentiel nucléaire et la main haute sur l’héritage de l’Urss tout en étant délestée du ballast de l’empire, la Russie avait une chance de réaliser sa transition postindustrielle et rejoindre le « milliard d’or » du Nord globalisé.2

Une chance que sut saisir la partie la plus entreprenante de la population, y compris l’élite au pouvoir et le président Poutine en personne. La Russie des années 2000, sortie de la crise de 1998 et surfant sur la vague du rouble en baisse et des cours pétroliers en hausse, se redressait sans plus fléchir, doublait son PIB, entrait dans l’OMC, participait avec les USA à la lutte antiterroriste, et pouvait dans le même temps propager à des fins de propagande interne le mythe de l’affront géopolitique, de l’humiliation et du pillage de la Russie par le libéralisme mondial et ses hommes liges, Yeltsine, Gaïdare et Tchoubaïs.

L’idée de défaite et le sentiment d’offense collés sur le dos des réformateurs et du monde alentour étaient bien commodes pour justifier l’immobilisme et le parasitisme de l’ère Poutine, qui d’ailleurs s’accordaient parfaitement avec la profonde prédisposition des Russes pour le ressentiment. Comme l’a fait remarquer Mikhaïl Yampolski3, professeur de littérature comparée à New York, toute la société russe, de Poutine au dernier des lampistes, porte à parts égales ce ressentiment. Ce dernier, dans le cas de Poutine et de la Russie, était né de ce que l’arène internationale ne les reconnaisse pas en tant qu’acteurs égaux en dignité ; et dans le cas du lampiste, de son impuissance face aux policiers, bureaucrates, magistrats et autres bandits. (…) Curieusement, les fantasmes ressentimentaux des gouvernants étaient entrés en résonance avec ceux des gouvernés.

Read More

Russe ressentiment (I)

Un article de Serge Medvedev publié en juin 2015 dans les Annales de la Patrie, revue littéraire reprenant le titre d’un célèbre mensuel russe du XIXe siècle. Les nombreuses références à la littérature de cette époque n’y sont donc pas étrangères. L’auteur analyse la politique et la mentalité russes contemporaines à travers les archétypes dépeints jadis par Dostoïevski et Tourguéniev.
Dans cette première partie, l’analyse concerne plus particulièrement l’Ukraine, qui n’est pas qu’un « enjeu géopolitique » contrairement à ce qu’on cherche à nous expliquer à tout prix en France, mais bien une maladie russe.

Du russe par NSM et Anna Khartchenko

Ukrainomanie

Entre autres singulières métamorphoses de la conscience collective russe apparues en 2014: une fixation pathologique sur l’Ukraine. Le Russe moyen sait tout désormais des chocolateries de Porochenko, des cartes de visite de Yarosh1, des actifs de Kolomoïski2, des tresses de Tymoshenko ; il est devenu incollable sur la géographie du pays voisin et se tient informé des résultats électoraux au Parlement ukrainien bien plus qu’à celles de la Douma ou de sa propre région ; il peut ainsi durant des heures gloser au sujet des Ukres identitaires et bandérotortionnaires.3 De nombreux témoignages font état de téléspectateurs d’âge mûr et moyen s’émouvant de l’actualité ukrainienne au point de vociférer aux quatre coins de leur salon des insultes à l’adresse des ukrofascistes. On peut donc parler d’une « manie de l’Ukraine », psychose de masse foncièrement inhérente à la propagande russe télévisée. L’Ukraine est devenue le champ de manœuvre mental de la conscience postsoviétique à l’intérieur duquel s’élaborent un discours de haine, une fabrication de l’Autre et des techniques d’embrigadement menées à grande échelle.

Read More

Le linceul du « monde russe »
sera orné de
broderies ukrainiennes

Dans une interview d’Unian, le légendaire journaliste russe Alexandre Nevzorov explique pourquoi Russes et Ukrainiens ne sont pas des peuples frères et pourquoi le « monde russe » n’est pas constructible.

Alexandre Glebovitch Nevzorov était l’un des journalistes russes les plus en vue à la fin des années 1990. Son émission 600 Secondes rassemblait des millions de téléspectateurs. L’homme avait « pris part » à pratiquement tous les conflits postsoviétiques au nom des « intérêts de l’empire », selon sa propre formule. Aujourd’hui c’est l’un des rares en Russie à nommer les « maquisards » du Donbass de leurs vrais noms : malfrats et terroristes.

Dans cette interview, le journaliste russe1 se penche sur la question du « monde russe »2 dont il juge l’avènement impossible et nous explique pourquoi la Russie tôt ou tard livrera elle-même à l’Ukraine les boïeviks (combattants hors la loi) du Donbass. D’après lui, Poutine n’aura aucun mal à trouver un quelconque prétexte pour plaquer le Donbass et définitivement enterrer le mythe de la « Novorossia ».3 Mais quoi qu’il arrive, ajoute Nevzorov, cette tentative de reconstituer l’empire, les Russes la paieront très cher.

 

Traduit du russe par NSM et Anna Khartchenko

– Alexandre Glebovitch, comment votre façon de voir a-t-elle pu changer aussi radicalement, vous qui au début des années 90 défendiez activement l’unité de l’Union soviétique, en allant vous battre en Transinistrie, au Nagorny Karabakh et dans les autres points « chauds » où la Fédération de Russie était directement impliquée, et qu’à présent vous refusez catégoriquement de soutenir les boïeviks des régions de Louhansk et de Donetsk ?

A chaque fois qu’on me pose cette question (et on me la pose souvent), je réponds en m’appuyant sur une kyrielle d’exemples. A commencer par celui de Max Planсk, qui avait espéré démonter la théorie du corps noir et tenté de prouver l’inanité du facteur atomique en réfutant bec et ongles la théorie de l’atome, et qui pourtant devait devenir quelques années plus tard un des plus illustres représentants de la physique quantique. Il est un grand nombre de gens qui, dans des questions beaucoup plus sérieuses que la politique, ont changé d’avis sous l’influence de faits incontestables, de nouvelles informations, d’une nouvelle ère scientifique. Prenez le grand géologue Charles Lyell : il mit du temps avant de reconnaître la théorie selon laquelle des icebergs avaient pu déposer de grosses roches à de longues distances, mais en toute honnêteté, il finit lui-même par reconnaître au bout de la sixième édition de son œuvre qu’il s’était trompé.

nevzorov kitsiaPour ce qui est de l’empire, mon point de vue est assez particulier, sans doute plus que chez n’importe qui d’autre. Oui, j’ai été un légionnaire de l’empire, j’ai été son dernier soldat, et à la différence de tous les nostalgiques d’aujourd’hui, j’ai défendu cet empire en me battant pour lui les armes à la main. J’ai tout fait pour qu’il refleurisse, mais avec l’âge et l’expérience j’ai fini par comprendre que rien n’était plus fragile et stupide que l’empire. Aujourd’hui sa chute en deux-trois mois ne présenterait aucun effort particulier. C’est une construction non viable. Dans la mesure où j’ai pris part à la chute de l’empire et à différents coups d’État, je sais avec quelles rapidité et quelle facilité cela peut être fait.

En fait, quand on parle de ce que fait la Russie en Ukraine, on comprend bien qu’à la place de l’Ukraine on aurait pu mettre n’importe quel pays. L’Ukraine rend l’erreur impérialiste de la Russie plus épicée, mais elle n’est qu’un des symptômes de son impérialose, et non un but en soi. Il fallait qu’elle pose sa botte sanglante quelque part, peu importe sur qui. Ça n’a pas marché en Ukraine.

A mon grand étonnement, l’Ukraine a démontré sa capacité à résister et obtenir d’éclatantes victoires. La Russie aurait fait la même chose ailleurs. Mais on constate que c’est en Ukraine que le « monde russe » s’est fracassé. Le linceul de l’idée russe sera d’abord orné de broderies ukrainiennes avant d’être couvert d’arabesques.

Les broderies ukrainiennes en seront le motif principal, parce que tout ce qui s’est passé au Donbass n’a été qu’une gangstérade ; il n’y a donc pas de cadres pour instaurer le « monde russe ». C’est un ramas de zonards, avec un certain contingent de sadiques criminels et crétins absolus. La Russie n’est plus en mesure de proposer de grandes vues historiques. Tous ces Guirkine, ces cosaques d’opérette, ces porte-flingues, petite frappes et terroristes, qui ont fait du Donbass un repaire terroristico-criminel sont tout ce qu’il reste de la Russie au XXIe siècle. Rien de plus.

Read More