• L’Affaire <BR>Schwartzbard – Petlioura L’Affaire
    Schwartzbard – Petlioura
    Samuel Schwartzbard fut-il le justicier qu'il a prétendu être? Simon Petlioura s'est-il compromis en tolérant des pogroms antisémites? Et les Soviétiques ont-ils organisé l'attentat à des fins de propagande ? Le procès ne permit jamais de répondre à ces trois questions. Mais après la chute de l'Urss, des éléments nouveaux sont venus compléter ce dossier qui mériterait aujourd'hui une révision en Justice.
  • 18 mai 1944 : déportation totale des Tatars de Crimée 18 mai 1944 : déportation totale des Tatars de Crimée La journée dite du "Surgûn" commémore tous les 18 mai la déportation des Tatars criméens, ultime épisode génocidaire suite auquel la Crimée "qui-a-toujours-été-russe" devint russe à 90%.
  • Le 9 mai 1945, drôle de victoire pour l'Ukraine Le 9 mai 1945, drôle de victoire pour l'Ukraine D'une guerre à l'autre, la propagande russe ne varie guère. Mais le temps des dogmes soviétiques en Ukraine est bel et bien fini.
  • <BR /><BR />Sept sur onze...

    Sept sur onze...
    Deux tiers des Français voteront pour un candidat moscoutaire au premier tour
  • <span style="text-transform: none;">Le linceul du "monde russe" <BR />sera orné de</span> broderies ukrainiennes Le linceul du "monde russe"
    sera orné de
    broderies ukrainiennes
    Le légendaire journaliste russe Alexandre Nevzorov explique pourquoi Russes et Ukrainiens ne sont pas des peuples frères et pourquoi le « monde russe » n’est pas constructible.
  • Holodomor <span style="text-transform: none;"><BR />‒ un Holocauste ukrainien?</span> Holodomor
    ‒ un Holocauste ukrainien?
    En 1932 et 1933, des millions d’ukrainiens furent intentionnellement affamés. Avec des pertes comparables à celles de la première guerre mondiale, la guerre paysanne menée par le régime russo-communiste en Ukraine apparaît comme l’une des plus vastes hécatombes de l’histoire universelle.
  • <span style="text-transform: none;">Aux origines du </span>livre <span style="text-transform: none;">ukrainien</span> Aux origines du livre ukrainien Le premier livre jamais imprimé en cyrillique vit le jour grâce à des lettrés ruthènes et des imprimeurs allemands. C'est en Ukraine que fut compilé le premier grand manuscrit ruthène et que fut imprimée la première Bible complète en cyrillique. Les premières illustrations et les premiers manuels du monde slave oriental virent le jour également en Ukraine. Une histoire injustement méconnue qui méritait bien un petit exposé.
  • Histoire du Maïdane Histoire du Maïdane Voici deux ans commençait la Révolution de la Dignité. Récit complet avec résumé des précédents Maïdanes par Volodymyr Viatrovytch, témoin et acteur des événements.
  • <span style="text-transform: none;">Et avec tout ça...<BR /></span><span style="text-transform: none;"> Les Français voient-ils enfin une</span> différence <span style="text-transform: none;">entre Russes et Ukrainiens ?</span> Et avec tout ça...
    Les Français voient-ils enfin une différence entre Russes et Ukrainiens ?
    L’Ukraine au-delà d’une identité, est un projet, une volonté, une idée d’hommes libres
  • De la Tauride à la Crimée  <BR /><span style="text-transform: none;">– Chronologie synthétique</span> De la Tauride à la Crimée
    – Chronologie synthétique
    La péninsule criméenne de l'Antiquité à nos jours en 5 périodes clés agrémentée de cartes et d'illustrations.

La « donbassification »
de l’Ukraine

Maxime Vikhov, Donbassien depuis au moins quatre générations, sociologue, journaliste, passionné de culture ukrainienne, d’éthique et de politique, signe ici un article lucide sur l’état de l’Ukraine bien plus divisée par l’absence d’État unitaire que d’autre chose. L’avenir s’annonce des plus sombres pour le pays si Kiev n’impose pas son autorité au-dessus des clans politico-mafieux. Avis aux décentralisateurs de tout poil.

De l’ukrainien par NSM

 

Considérer le Donbass comme une entité spécifique et la sédition qui s’y déroule comme la résultante de contingences historiques, voilà une idée bien commode. Les Ukrainiens peuvent donc dormir sur leurs deux oreilles sans craindre de se réveiller un jour citoyens d’une « république » pirate. Mais en réalité, le scénario donbassien menace d’autres régions d’Ukraine, y compris hors des confins orientaux et méridionaux du pays. Pour évaluer cette menace à sa juste mesure, il faudrait pour un temps oublier la main de Moscou et arrêter notre regard plus particulièrement sur la nature du pouvoir ukrainien, notamment sur la façon dont fonctionne l’État unitaire en Ukraine.

Il n’est un secret pour personne que les rouages administratifs actuels sont hérités de la République socialiste soviétique d’Ukraine : en premier lieu, son hyper-régulation et son centralisme bureaucratique excessif. En bref, tout ce dont se plaignent les partisans de la décentralisation, et leurs critiques visent juste : les rouages administratifs en leur état actuel entravent le développement des régions et plombent durablement le pouvoir central sous des problèmes d’ordre local. Or, cette concentration du pouvoir (ne résidant qu’en la seule capitale) laisse la porte grande ouverte à divers abus, voire à l’usurpation du pouvoir lui-même. Mais il ne s’agit que du côté formel de l’administration de l’État. En réalité l’Ukraine est déjà décentralisée de par son découpage en baronnies locales, demeurant loyales au pouvoir central tant que les intérêts de leurs barons ne se voient remis en cause.

L’exemple type d’une telle baronnie est le Donbass tel qu’il était avant la guerre. Dans les premières années de l’Indépendance, une puissante élite locale s’y est rapidement fixée, élite qu’on pourrait qualifier en français de « Doneskonnection ». Celle-ci a fait main basse sur toutes les fonctions du pouvoir local ainsi que sur les ressources économiques régionales, cependant que l’influence de Kiev s’y réduisait jusqu’au strict minimum. Ce qui explique toutes les tentatives infructueuses de Viktor Youchtchenko d’y installer des gouverneurs loyaux à Kiev après la Révolution orange en 2005.

Mais le pouvoir de la Donetskonnection, l’Ukraine en a vraiment pris la mesure sous la présidence de Yanoukovitch, quand les Donetskiens entamèrent la purge systématique des éléments « étrangers » dans tous les domaines de la haute fonction publique, « ponctionnant » au passage dans les flux financiers et en s’appropriant les industries et autres business. Jouer aux petits séparatistes n’est qu’une des manifestions de l’assurance dont peuvent faire preuve ces barons donetskiens, barons qui n’ont pas seulement osé défier l’État central, mais ont même tenté de mener leur propre politique étrangère. Que le Kremlin les ait utilisés pour ses propres intérêts ne constitue qu’une récidive de plus. De surcroît, la débâcle complète du clan de Donetsk ne change en rien les données du problème, qui est global en l’Ukraine : elle n’a fait que le mettre en évidence.

Prenons à titre d’exemple le cas du « Klondike ambré » (NDT : il s’agit des exploitations sauvages et dévastatrices de l’ambre de rivière, près de la Pologne en Volynie). Malgré les menaces du président Porochenko sur Facebook, stopper ce genre de pillage s’avère toujours impossible. De sorte à mettre fin à la furie des pailleteurs, le chef de l’administration régionale de Rivnè a récemment demandé au Ministère de l’Intérieur le déploiement de la Garde nationale dans l’oblaste. Mais les trafiquants n’hésitent pas à répliquer aux forces de l’ordre, à main armée notamment. Les activistes locaux d’Euromaïdane avaient à peu de choses près formulé les mêmes demandes d’intervention de la part de Kiev, quand au printemps 2014 la région de Donetsk et de Louhansk commençaient à tomber sous la coupe de factions séditieuses.

Dans le cas de la Volynie, il ne s’agit pas tant de crime organisé que de l’incapacité de Kiev à contrôler une région supplémentaire. Il s’avère que les leviers institutionnels ne sont plus capables de peser sur les événements, le pouvoir étant passé entre les mains des barons locaux. Idem en Transcarpathie, où rien n’arrête les contrebandiers. Les barons locaux y ont même installé des passages frontaliers privés, gardés par des armées privées. Mais ce ne sont là que les cas les plus criants d’usurpation de pouvoir au niveau local. En réalité, cette division du territoire national en baronnies concerne pour ainsi dire toute l’Ukraine. Qu’on les qualifie de groupes politico-financiers, de clans oligarchiques, ou sous quelque appellation que ce soit, le fond du problème ne varie guère. Pour les communautés en région, cela signifie l’usurpation et la concentration des pouvoirs ainsi que des ressources économiques entre les mains d’un petit cercle de personnes ; et pour l’État, il ne s’agit que d’un consensus établi entre les dirigeants du pays et les barons locaux. Consensus qui implique, pour chaque nouveau président, une réactualisation du contrat renouvelant l’offre de garantie et d’immunité apportées auxdits barons. C’est ce que fit justement Viktor Youchtchenko, en tombant sous le chantage de la Donnestkonnection et en contractant avec elle une sorte d’accord tacite de non-agression. Read More

Oléna, Russe d’Ukraine et médecin volontaire

Photo et reportage de l’excellent Youry Bilak qui nous a fait l'honneur et l'amitié de partager ses périples à travers l’Ukraine en guerre et nous offrir un précieux témoignages en direct du front. Voix, photo et transcription en français de l'entretien.

 

Read More

Du nationalisme,
voilà ce qu’il faut à l’Ukraine

Rares sont les articles en faveur du « nationalisme ukrainien » tant honni de l’intelligentsia occidentale. Mais Anne Applebaum, prix Pulitzer, spécialiste des pays de l’Est et éditorialiste au Washington Post, nous rappelle qu’il ne saurait y avoir de démocratie viable sans foi en la nation. Article paru il y a deux ans dans la « New Republic » et qui n’a rien perdu de son actualité, bien au contraire…

De l’anglais par NSM

 

Fermez les yeux, puis répétez ces mots : nationaliste ukrainien. Une image pourrait bien vous venir à l’esprit, sans doute un type barbu, crâne rasé et moustache en croc. Il porterait un uniforme noir ou un veston de cuir et des bottes. Selon votre pays, vous pourriez aussi imaginer que c’est un antisémite ou un tueur de paysans polonais. Comme tout stéréotype, celui-ci sera lié à certaines réalités historiques. Deux générations avant la nôtre, il y eut des Ukrainiens qui, pris entre les deux dictatures les plus sanguinaires de l’histoire, collaborèrent avec les nazis contre l’Union soviétique. Certains participèrent aux crimes de masse commis contre les Polonais, d’autres aux crimes de masse commis contre les Juifs.1

Mais cette mauvaise image cache d’autres réalités historiques et place hors champ tout un groupe de nationalistes ukrainiens moins ignobles : ceux qui dans un pays géographiquement plus chanceux seraient devenus les Garibaldi, les Sándor Petőfis ou les Jeffersons d’un État ukrainien moderne. Tel Mykhaïlo Hrouchevsky par exemple, nationaliste éclairé et auteur des premiers livres sur l’histoire de l’Ukraine qui présida le parlement ukrainien durant la brève indépendance de 1917 et 1918, avant que l’Ukraine ne soit défaite puis absorbée par l’URSS.

Mais plus que tout, cette image nous cache l’histoire réelle de la grande majorité des nationalistes ukrainiens du XXe siècle ; de ceux qui plus tard allaient devenir la cible majeure des purges, famines artificielles et autres déportations. Entre 1932 et 1933, trois à cinq millions de paysans ukrainiens furent délibérément affamés jusqu’à ce que mort s’ensuive ; Joseph Staline craignait la force du nationalisme rural. Une fois ces Ukrainiens éliminés, on amena des Russes, parfois déportés depuis d’autres coins de l’Urss, afin qu’ils vivent dans ces villages dépeuplés, achevant ainsi le processus de génocide culturel. Les arrestations de personnes considérées « trop ukrainiennes » allaient continuer jusque dans les années 1980.

Read More

Première Indépendance
– Chronologie succincte 1917-1921

Les événements cruciaux de 1917 et des années suivantes en Ukraine, regroupés par entité politique ou étatique. Ci-dessous, quelques cartes d’époque résumant les revendications territoriales ukrainiennes basées sur le principe des nationalités. Le Kouban est clairement désigné comme ukrainien. Une partie ou la totalité de la Crimée également.

 

EMPIRE RUSSE (en révolution)
  • Février 1917 – Révolution modérée en Russie. Gouvernement provisoire de Kerenski.
  • Mars 1917 – Abdication du tsar Nicolas II ◊ En Ukraine, création de la Rada Centrale, conseil des Ukrainiens puis de toute l’Ukraine. Les frontières administratives de l’Ukraine ne sont pas approuvées en Russie.
  • Mai-juin 1917 – Création d’un Comité militaire ukrainien destiné à organiser la future armée régulière de l’État ukrainien. Petlura a sa tête. Vénnétchenko dirige le gouvernement du Conseil ukrainien.
  • Juillet 1917 – Gouvernement provisoire de Kerenski en Russie. Il reconnaît le gouvernement autonome ukrainien.
  • Octobre 1917 – La Rada Centrale évince militairement (mais sans violences) le Gouvernement provisoire à Kiev. ◊ Putsch bolchevique contre le Gouvernement provisoire en Russie, également sans violences.
  • Novembre 1917 – Les bolcheviques tiennent Moscou. Promesses d’autodétermination pour les peuples de l’empire russe. ◊ En Ukraine, proclamation de l’UNR, République populaire d’Ukraine, par la Rada Centrale. Autonomie dans le cadre d’une confédération avec la Russie.
  • Décembre 1917 – Lénine reconnaît officiellement le droit de l’UNR à l’indépendance. Au Congrès des soviets à Kiev, seuls 4% des délégués sont bolcheviques. ◊ Les bolcheviques d’Ukraine font sécession et tiennent un Congrès alternatif à Kharkiv. Seuls 4 Ukrainiens y participent, mais il est décidé que le Donbass sera transféré à la Russie et l’Ukraine fédéralisée au sein de la Russie bolchevique. ◊ Lénine fait volte-face et envoie des gardes rouges à Kharkiv en vue de reprendre l’Ukraine.
TRAITÉS de BREST-LITOVSK
  • Fin décembre 1917 – Délégation de l’UNR (République populaire d’Ukraine, indépendantistes) en vue d’une paix séparée avec l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie.
  • Janvier 1918 – INDÉPENDANCE. En échange d’une paix séparée, moyennant l’approvisionnement en céréales des Empires centraux, l’UNR demande assistance à l’Autriche et à l’Allemagne contre la Russie Bolchevique pour tout le territoire ethnique ukrainien. Clause secrète signée avec l’Autriche-Hongrie prévoyant la création d’un Etat ukrainien (Galicie + Bucovine) au sein de la couronne.
  • Mars 1918 – Sous la pression allemande, les Bolcheviques russes reconnaissent l’UNR (Lénine temporairement « favorable » à l’indépendance ukrainienne, misant sur la Révolution mondiale). En mai, toute l’Ukraine, le Don et le Kouban sont libérés.
  • Novembre 1918 – Après l’Armistice et la défaite des Empires centraux, la Russie bolchevique annule le Traité.

Read More

Intraduisible Donbass
« Chroniques d’une anarchie anachronique »

Non, contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce n’est pas à cause d’une surdose d’obscénités russes « version locale ». En réalité, les raisons en sont plus profondes et partent d’une veine plus philosophique. Le problème, estime lui-même le toujours très pertinent Victor Erofeyev, écrivain et traducteur russe, c’est que la langue de nos protagonistes est déjà originale en soi, tout comme peut l’être leur système de pensée en général. Leur patrie, ce n’est pas la fameuse DNR, autrement dit la république populaire (très populaire…) de Donetsk, ni même leur fantasmée Novorossia, mais une… ville utopique, Tchevengour, que les lecteurs d’Andreï Platonov connaissent bien. Ville fictive donc, et pour une fois au sens littéraire, et pas uniquement politique.

Pour tout problème traductologique, on peut se fier à Victor Erofeyev: c’est non seulement l’un des auteurs russes contemporains les plus connus dans le monde, mais surtout un être biculturel de nature, autotraduit en français et en quelque sorte un enfant de Paris. Il est issu d’une famille elle-même assez originale, ses parents ayant tous deux traduit et, à ce propos, son père qui faisait partie du corps diplomatique soviétique, fut même l’interprète personnel de Staline dans la langue de Molière.

Revenons donc un siècle plus tôt, quand Andreï Platonov était en train de devenir l’écrivain que nous connaissons. Ce n’est peut-être pas le plus lu d’entre les classiques russes, mais il en demeure sans doute le plus actuel. Ces incomparables héros sont encore à la page et semblent vivre parmi nous. Et si, comme le proclame Alexandre Nevzorov, la littérature russe – entre l’hystérie des cherchent-dieu à la Dostoïevski et les peines d’amours inassouvies des chlorotiques demoiselles en crinoline de Tolstoï – est aujourd’hui largement périmée, l’œuvre de Platonov quant à elle résiste toujours au temps qui passe, et vivra tant que vivra l’immortelle âme russe. Car selon la très juste formule de Victor Erofeyev, le génial Platonov n’est rien moins que le Jung du peuple, l’analyste, pour ainsi dire, de l’inconscient russe et le guide des plus sombres, des plus occultes tréfonds de leur âme nationale. Et il y a découvert quelque chose que le peuple plein-de-dieu, ni ses thuriféraires étrangers ne veulent ni voir ni entendre, aimant comme toujours l’âme russe à distance et à travers ces nobles intellos névrosés qu’on rencontre chez Tolstoï, Dostoïevski et Tchekhov.

Contrairement à ces derniers, Platonov était issu du peuple ; c’était qui plus est un « vrai » ingénieur, et pas juste un ingénieur des âmes humaines, comme Staline aimait appeler les hommes de lettres. Il connaissait donc le mécanisme interne de son peuple sur le bout des doigts et pouvait littéralement le démonter pièce par pièce pour nous en restituer la moindre fibre, mettant à nu ces archaïques, anté-logiques et pré-rationnels structures mentales, qui n’étaient au fond que celles de sa propre tribu avec tout le soubassement de leurs antinomies primaires: familier/étranger, supérieur/inférieur, fort/faible, noir/blanc, etc. Après avoir, de sa plume acérée, extirpé la psyché populaire qui gisait au plus profond du for intérieur collectif, il lui offrit sa Parole. Mais une parole à part, barbare, puérilement naïve, primitive, truffée de subtilités, défigurés et ipso facto à peu près impropres à la traduction.

Cette image n’est claire pour personne, sauf pour nous. Platonov est intraduisible, car les autres langues ignorent les valeurs et les « notions » décrites par Platonov dans Tchevengour. – Victor Erofeev

Platonov est impérissable également de par l’Utopie dont il traite dans ses œuvres. L’Utopie n’existe pas seulement en dehors de la géographie réelle, comme nous le savons, mais aussi au-delà du temps, au-delà de l’histoire1. Tchevengour, ville éponyme du principal roman de l’écrivain, n’est pas localisable avec précision, mais on devine que l’action se déroule quelque part aux confins de l’Ukraine et de la Russie, dans le terroir natal de l’auteur lui-même, perdu entre Voronej et Belgorod – c’est à dire dans une zone de turbulence accrue, où perdure l’éternelle bataille des limites, y compris des limites civilisationnelles. On aurait pu, avec autant de fortune, planter l’action quelque part entre Thorez et Anthracite, ou disons un quelconque Léninabad2 qui à l’inverse de son prototype historique, résiste aux cataclysmes de l’histoire et ne suit pas la grande vogue ukrainienne des léninopads (comprenez : chutes des statues de Lénine)3.

Read More

L’infantilisme
du monde russe

Sur son blogue, Arkady Babtchenko, un ancien de Tchétchénie devenu journaliste, auteur et correspondant de guerre, fustige la société russe infantilisée par la télévision. L’ex-officier russe voit dans cette médiocrité télévisuelle l’origine de la guerre d’agression menée par Poutine contre l’Ukraine. Et plus que la propagande elle-même, un terreau prédisposant les Russes à suivre en masse l’idéologie mondorussienne.

Du russe par NSM

 

Sion me demandait de définir ce qu’est le Rousski Mir (Monde russe) en un seul mot, je répondrais sans hésiter: infantilisme. C’est la notion qui décrit le mieux l’état de la société russe d’aujourd’hui. Par infantilisme j’entends tout d’abord l’inaptitude à répondre de ses actes. L’inaptitude à établir les relations de cause à effet; à comprendre que tels ou tels actes entraîneront telles ou telles conséquences. (…)

Mais là où ça devient intéressant, c’est que cet infantilisme de masse est loin d’être un phénomène limité à certaines catégories. Dans le cas d’alcooliques congénitaux, avoir des synapses et des neurones de dégénérés après tout l’éthanol absorbé de génération en génération est une chose qui va de soi. Avec ceux-là, tout est clair. Une absolue, invétérée et fixée par des générations primaire stupidité. Rien sur quoi une personnalité adulte pourrait s’appuyer pour se développer. Jusqu’ici, ça va, tout est clair.

Seulement voilà, l’infantilisme a gagné toute la société, de son sommet jusqu’à sa base, et ce, indépendamment du statut, de la fortune, ou de la « caste » – voilà ce qui cloche ! (…)

Diffuser des spots sur le petit garçon crucifié de Sloviansk1. Y croire. (…) Faire des exposés sur l’euro-fascisme, le bandéro-fascisme, le turco-fascisme, le libéral-fascisme. Aller tuer des « bandéros »2 parce qu’ils bannissent le russe. En faire des émissions de télé. (…) Chasser des universités les étudiants turcs. Licencier un professeur pour un article. Soutenir la primauté du droit russe sur le droit international. Et ensuite assigner la Turquie en justice. Verser dans le dithyrambe en s’adressant aux hommes du pouvoir…

Chez l’adulte, il existe une notion appelée dignité. C’est une notion absolument non matérielle. Qui ne « rapporte » pas, alors que l’enfant est prêt à s’abaisser pour un bonbon. Sa personnalité, socle sur laquelle doit se constituer son sens de la dignité, n’existe pas encore. Un individu adulte, dont la personnalité est déjà formée et consciente d’elle-même, ne va pas faire le zouave pour le simple appât du gain. Chez les personnalités solidement constituées, cette notion abstraite s’avère supérieure aux valeurs matérielles.

« One Soldier’s War in Chechnya » d’Arkady Babchenko

Ainsi, un adulte ne presserait pas des tonnes de tomates sous la chenille de son tracteur. Il ne monterait pas dans son bulldozer pour écraser des oies saisies dans un petit magasin de campagne…3 Tout simplement parce que c’est honteux. Encore une notion abstraite que le monde infantile ignore. Mais autant on peut comprendre qu’un enfant de trois ans ne puisse comprendre pourquoi toucher le soleil avec un lance-pierre est impossible; ou qu’un tâcheron ne puisse comprendre pourquoi écraser des tomates avec un tracteur, ce n’est pas bien; autant l’impossibilité d’expliquer à un professeur, à un médecin, ou à un ingénieur une règle élémentaire comme on ne prend pas à autrui ce qui ne nous appartient pas, a de quoi marquer.

Prenons un adulte. Intelligent, même. Mais dont une partie du cerveau, complètement bouffée par la télé jusqu’à l’infantilisme le plus absolu, empêche les impératifs moraux les plus basiques dans une société adulte d’atteindre la conscience. Toute conversation, toute discussion est alors impossible. On est en face d’un petit capricieux en pleine crise d’hystérie. « Et pourquoi tu as volé la Crimée au petit Pétia ? (Pierre Porochenko) Voler, c’est pas bien. Aller, rends-la. Les lois c’est fait pour qu’on les respecte. » Nan ! J’la rendrai pas ! C’est à moi ! C’est MA Crimée ! J’la rendrai pas ! C’est mon joujou ! Et c’est tout.

Aller se battre dans le Donbass pour payer un crédit n’est pas une conduite d’adulte. Renier son soldat de mari mort dans le Donbass contre une indemnité n’est pas une conduite d’adulte.4 Être officier des spetsnaz dans le GRU (!) et se rendre derrière les lignes ennemis pour bêler : non, c’est pas moi, je suis là à l’insu de mon plein gré, n’est pas une conduite d’adulte. Crier Vas-y, Poutine, envoie les troupes et par la suite s’étonner que l’Ukraine fasse donner l’artillerie n’est pas une conduite d’adulte.

Bon sang, mais à quoi bon continuer la liste, quand le chef suprême des armées en personne arrive à renier ses propres soldats en disant qu’ils n’y sont pas, et dans le même temps les envoie au feu sans écussons ni insignes, avec des avions sans cocardes… L’infantilisme élevé au rang de politique d’État. Sans doute un cas unique dans l’histoire.

L’adulte se distingue essentiellement par son aptitude à être responsable. Responsable d’autrui, responsable de son pays, mais surtout, responsable de ses propres actes. Même l’Union Soviétique le lui apprenait. Même le pays des soviets, qui opprimait la moindre manifestation d’individualité, enseignait qu’il fallait être droit, qu’il ne fallait pas mentir, mais répondre de ses actes. Le poutinisme est sans doute le premier régime de l’histoire dont l’idéologie officielle prône une conduite asociale. Et la quintessence en est, bien sûr, le Donbass. Une guerre qui ne souffre aucune concurrence, sauf peut-être celle du Congo, avec des garçons de 11 ans découpant des villageois à la machette.

Au référendum, on a voté dans l’espoir que Poutine nous prenne avec lui, comme il avait pris la Crimée, confie sur Radio Svoboda une réfugiée du Donbass, se retrouvant à Pskov, dans le nord de la Russie, et sur le point d’être expulsée de son hôtel. Mais… bordel de Dieu… j’ai lu cette phrase il y a quelques jours déjà, et je ne sais toujours pas par quel bout la prendre. Parce qu’on voulait que Poutine nous prenne avec lui : c’est du point de vue de l’adulte une phrase totalement dépourvue de bon sens. Une simple suite de mots sans contenu rationnel.

Read More

Russe ressentiment (II)

Seconde et dernière partie de l’article de Serge Medvedev publié dans les Annales de la Patrie. Comment, dans la Russie « humiliée » par l’Occident, le Kremlin manipule la vox populi pour fabriquer des ennemis en général, et le « fascisme ukrainien » en particulier. Voilà en substance la teneur de cet article, un des rares en Russie à refléter lucidement la situation du pays. D’autres seront encore traduits dans notre série « Ressentiment » consacrée à l’un des aspects les plus manipulatoires du conflit russo-ukrainien.

Du russe par NSM et Anna Khartchenko

Ressentiment poutinien

La Russie des années 2000 est un clair exemple de ressentiment appliqué à la conduite de l’État. Un des plus grands mythes de l’ère poutinienne, activement diffusé dès les premiers mois de l’arrivée de Poutine au pouvoir, fut la théorie de la défaite : à commencer par les lamentations sur la plus grande catastrophe géopolitique du XXe s. que fut la chute de l’URSS, jusqu’au thème médiatiquement consacré des méchantes années 901. Mais pour les têtes bien faites, l’effondrement pacifique de l’Union soviétique (contrairement au cas explosif de la Yougoslavie) ne fut pas une défaite. Conservant l’essentiel de son territoire, sa population, son potentiel nucléaire et la main haute sur l’héritage de l’Urss tout en étant délestée du ballast de l’empire, la Russie avait une chance de réaliser sa transition postindustrielle et rejoindre le « milliard d’or » du Nord globalisé.2

Une chance que sut saisir la partie la plus entreprenante de la population, y compris l’élite au pouvoir et le président Poutine en personne. La Russie des années 2000, sortie de la crise de 1998 et surfant sur la vague du rouble en baisse et des cours pétroliers en hausse, se redressait sans plus fléchir, doublait son PIB, entrait dans l’OMC, participait avec les USA à la lutte antiterroriste, et pouvait dans le même temps propager à des fins de propagande interne le mythe de l’affront géopolitique, de l’humiliation et du pillage de la Russie par le libéralisme mondial et ses hommes liges, Yeltsine, Gaïdare et Tchoubaïs.

L’idée de défaite et le sentiment d’offense collés sur le dos des réformateurs et du monde alentour étaient bien commodes pour justifier l’immobilisme et le parasitisme de l’ère Poutine, qui d’ailleurs s’accordaient parfaitement avec la profonde prédisposition des Russes pour le ressentiment. Comme l’a fait remarquer Mikhaïl Yampolski3, professeur de littérature comparée à New York, toute la société russe, de Poutine au dernier des lampistes, porte à parts égales ce ressentiment. Ce dernier, dans le cas de Poutine et de la Russie, était né de ce que l’arène internationale ne les reconnaisse pas en tant qu’acteurs égaux en dignité ; et dans le cas du lampiste, de son impuissance face aux policiers, bureaucrates, magistrats et autres bandits. (…) Curieusement, les fantasmes ressentimentaux des gouvernants étaient entrés en résonance avec ceux des gouvernés.

Read More

Russe ressentiment (I)

Un article de Serge Medvedev publié en juin 2015 dans les Annales de la Patrie, revue littéraire reprenant le titre d’un célèbre mensuel russe du XIXe siècle. Les nombreuses références à la littérature de cette époque n’y sont donc pas étrangères. L’auteur analyse la politique et la mentalité russes contemporaines à travers les archétypes dépeints jadis par Dostoïevski et Tourguéniev.
Dans cette première partie, l’analyse concerne plus particulièrement l’Ukraine, qui n’est pas qu’un « enjeu géopolitique » contrairement à ce qu’on cherche à nous expliquer à tout prix en France, mais bien une maladie russe.

Du russe par NSM et Anna Khartchenko

Ukrainomanie

Entre autres singulières métamorphoses de la conscience collective russe apparues en 2014: une fixation pathologique sur l’Ukraine. Le Russe moyen sait tout désormais des chocolateries de Porochenko, des cartes de visite de Yarosh1, des actifs de Kolomoïski2, des tresses de Tymoshenko ; il est devenu incollable sur la géographie du pays voisin et se tient informé des résultats électoraux au Parlement ukrainien bien plus qu’à celles de la Douma ou de sa propre région ; il peut ainsi durant des heures gloser au sujet des Ukres identitaires et bandérotortionnaires.3 De nombreux témoignages font état de téléspectateurs d’âge mûr et moyen s’émouvant de l’actualité ukrainienne au point de vociférer aux quatre coins de leur salon des insultes à l’adresse des ukrofascistes. On peut donc parler d’une « manie de l’Ukraine », psychose de masse foncièrement inhérente à la propagande russe télévisée. L’Ukraine est devenue le champ de manœuvre mental de la conscience postsoviétique à l’intérieur duquel s’élaborent un discours de haine, une fabrication de l’Autre et des techniques d’embrigadement menées à grande échelle.

Read More

Le linceul du « monde russe »
sera orné de
broderies ukrainiennes

Dans une interview d’Unian, le légendaire journaliste russe Alexandre Nevzorov explique pourquoi Russes et Ukrainiens ne sont pas des peuples frères et pourquoi le « monde russe » n’est pas constructible.
Alexandre Glebovitch Nevzorov était l’un des journalistes russes les plus en vue à la fin des années 1990. Son émission 600 Secondes rassemblait des millions de téléspectateurs. L’homme avait « pris part » à pratiquement tous les conflits postsoviétiques au nom des « intérêts de l’empire », selon sa propre formule. Aujourd’hui, c’est l’un des rares en Russie à nommer les « maquisards » du Donbass de leurs vrais noms : malfrats et terroristes.

Dans cette interview, le journaliste russe1 se penche sur la question du « monde russe »2 dont il juge l’avènement impossible et nous explique pourquoi la Russie tôt ou tard livrera elle-même à l’Ukraine les boïeviks (combattants hors la loi) du Donbass. D’après lui, Poutine n’aura aucun mal à trouver un quelconque prétexte pour plaquer le Donbass et définitivement enterrer le mythe de la « Novorossia ».3 Mais quoi qu’il arrive, ajoute Nevzorov, cette tentative de reconstituer l’empire, les Russes la paieront très cher.

 

Traduit du russe par NSM et Anna Khartchenko

– Alexandre Glebovitch, comment votre façon de voir a-t-elle pu changer aussi radicalement, vous qui au début des années 90 défendiez activement l’unité de l’Union soviétique, en allant vous battre en Transinistrie, au Nagorny Karabakh et dans les autres points « chauds » où la Fédération de Russie était directement impliquée, et qu’à présent vous refusez catégoriquement de soutenir les boïeviks des régions de Louhansk et de Donetsk ?

A chaque fois qu’on me pose cette question (et on me la pose souvent), je réponds en m’appuyant sur une kyrielle d’exemples. A commencer par celui de Max Planсk, qui avait espéré démonter la théorie du corps noir et tenté de prouver l’inanité du facteur atomique en réfutant bec et ongles la théorie de l’atome, et qui pourtant devait devenir quelques années plus tard un des plus illustres représentants de la physique quantique. Il est un grand nombre de gens qui, dans des questions beaucoup plus sérieuses que la politique, ont changé d’avis sous l’influence de faits incontestables, de nouvelles informations, d’une nouvelle ère scientifique. Prenez le grand géologue Charles Lyell : il mit du temps avant de reconnaître la théorie selon laquelle des icebergs avaient pu déposer de grosses roches à de longues distances, mais en toute honnêteté, il finit lui-même par reconnaître au bout de la sixième édition de son œuvre qu’il s’était trompé.

nevzorov kitsiaPour ce qui est de l’empire, mon point de vue est assez particulier, sans doute plus que chez n’importe qui d’autre. Oui, j’ai été un légionnaire de l’empire, j’ai été son dernier soldat, et à la différence de tous les nostalgiques d’aujourd’hui, j’ai défendu cet empire en me battant pour lui les armes à la main. J’ai tout fait pour qu’il refleurisse, mais avec l’âge et l’expérience j’ai fini par comprendre que rien n’était plus fragile et stupide que l’empire. Aujourd’hui sa chute en deux-trois mois ne présenterait aucun effort particulier. C’est une construction non viable. Dans la mesure où j’ai pris part à la chute de l’empire et à différents coups d’État, je sais avec quelles rapidité et quelle facilité cela peut être fait.

En fait, quand on parle de ce que fait la Russie en Ukraine, on comprend bien qu’à la place de l’Ukraine on aurait pu mettre n’importe quel pays. L’Ukraine rend l’erreur impérialiste de la Russie plus épicée, mais elle n’est qu’un des symptômes de son impérialose, et non un but en soi. Il fallait qu’elle pose sa botte sanglante quelque part, peu importe sur qui. Ça n’a pas marché en Ukraine.

A mon grand étonnement, l’Ukraine a démontré sa capacité à résister et obtenir d’éclatantes victoires. La Russie aurait fait la même chose ailleurs. Mais on constate que c’est en Ukraine que le « monde russe » s’est fracassé. Le linceul de l’idée russe sera d’abord orné de broderies ukrainiennes avant d’être couvert d’arabesques.

Les broderies ukrainiennes en seront le motif principal, parce que tout ce qui s’est passé au Donbass n’a été qu’une gangstérade ; il n’y a donc pas de cadres pour instaurer le « monde russe ». C’est un ramas de zonards, avec un certain contingent de sadiques criminels et crétins absolus. La Russie n’est plus en mesure de proposer de grandes vues historiques. Tous ces Guirkine, ces cosaques d’opérette, ces porte-flingues, petite frappes et terroristes, qui ont fait du Donbass un repaire terroristico-criminel sont tout ce qu’il reste de la Russie au XXIe siècle. Rien de plus.

Read More

L’ukrainien
condamné à mort

Depuis sa naissance, la langue ukrainienne est la cible d’attentats divers. En particulier, une directive secrète émanant du tsar Alexis II apparaît de nos jours encore comme l’une des opérations anti-ukrainiennes les plus lourdes de menaces. Cet oukase fut signé à Bad-Ems, petite ville balnéaire de Rhénanie prisée de l’aristocratie tsariste. L’oukase d’Ems, ou « Emskyi ukaz » en ukrainien, condamnait la langue de Chevtchenko à mort…

L’Oukase d’Ems

C’est en 1876 sous le règne d’un Romanov à la réputation d’humaniste émérite – mais d’une humanité toute relative face aux problèmes nationaux – que l’ukrainien eut à subir une fois de plus les foudres de l’administration pétersbourgeoise. L’oukase officieux d’Alexandre II stipulait : qu’aucun ouvrage rédigé en dialecte petit-russien n’était autorisé à l’importation (sauf improbable autorisation de la censure); qu’aucun ouvrage en ukrainien ne devait désormais paraître en Russie, à l’exception des recueils de textes historiques (sans adopter l’orthographe ukrainienne moderne); ainsi que certains romans (sous réserve d’adopter l’orthographe russe). L’interdiction frappait également d’une manière irrévocable : toute traduction de livres russes vers l’ukrainien; toute représentation théâtrale; toute édition de partition musicale en ukrainien; toute déclamation et lecture publique.

Toutes les autres parutions devaient recevoir l’imprimatur du gouvernement. Une clause spéciale interdisait purement et simplement le journal des progressistes ukrainiens Kyïevsky Télégraf, tandis que la chaire d’ethnographie à l’université de Kiev était supprimée. Ces mesures infamantes pour le “Gorbatchev” de l’époque furent donc appliquées clandestinement, tout comme l’avait été la circulaire secrète de Valouïev émise sous le règne du même Alexis treize ans plus tôt et dans laquelle figure la fameuse formule selon laquelle la langue ukrainienne n’a jamais existé, n’existe pas et ne pourra jamais exister.

Read More