Amina Okouïeva assassinée par un commando

Un commando de tueurs embusqués s'est attaqué au célèbre couple de résistants ukraino-tchétchènes Adam et Amina Okouïev

Députés français ayant voté contre l’ukrainisation de l’enseignement en Ukraine

Les députés de La République en Marche ont constitué l'essentiel des voix

Représentant(s) de la « DNR » en France

Quand un politicien raté d'extrême droite se prend pour un diplomate

Dessins de presse: Entre rire et colère…

Petite collection de caricatures, anciennes et nouvelles, sur la Russie et l’Ukraine

Quand le soleil se baigne en Ukraine : la nuit d’Ivan Koupala

En d'autres mots, la Saint Jean d'été, fête du solstice et célébration de l’amour

De la danse au combat: jeux cosaques et hopak martial

Les "jeux cosaques" et le hopak martial mettent à l'honneur la culture martiale et les valeurs de la сosaquerie. Ils ont devancé le grand renouveau identitaire auquel on assiste aujourd'hui en Ukraine.

Ukraine, la chute démographique

En un quart de siècle, l’Ukraine a perdu plus de six millions d’habitants. Elle accuse un des taux de croissance naturelle les plus alarmants de la planète.

L’Affaire Schwartzbard – Petlioura

Samuel Schwartzbard fut-il le justicier qu'il a prétendu être? Simon Petlioura s'est-il compromis en tolérant des pogroms antisémites? Et les Soviétiques ont-ils organisé l'attentat à des fins de propagande ? Le procès ne permit jamais de répondre à ces trois questions. Mais après la chute de l'Urss, des éléments nouveaux sont venus compléter ce dossier qui mériterait aujourd'hui une révision en Justice.

18 mai 1944 : déportation totale des Tatars de Crimée

La journée dite du "Surgûn" commémore tous les 18 mai la déportation des Tatars criméens, ultime épisode génocidaire suite auquel la Crimée "qui-a-toujours-été-russe" devint russe à 90%.

Le 9 mai 1945, drôle de victoire pour l’Ukraine

D'une guerre à l'autre, la propagande russe ne varie guère. Mais le temps des dogmes soviétiques en Ukraine est bel et bien fini.

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Ukraine, la chute démographique

En un quart de siècle, l’Ukraine a perdu plus de six millions d’habitants. Elle accuse un des taux de croissance naturelle les plus alarmants de la planète. Avec un environnement politique et historique comparable à celui de la France au XXe siècle, sans alcool et sans génocide, l’Ukraine aurait pu compter 100 millions d’habitants aujourd’hui.

Réduite à 42,9 millions d’habitants d’après l’Office statistique ukrainien, les experts expliquent cette débâcle démographique par un solde migratoire négatif combiné à un déficit naturel hors normes. En Ukraine, le rapport naissances/décès est inversement proportionnel à celui de la France.1 L’accroissement naturel négatif y bat des records. La différence entre le taux de mortalité et le taux de natalité tourne aux alentours de -0.6 % depuis plusieurs années, soit l’un des taux d’accroissement naturel les plus déficitaires à l’échelle mondiale. En à peine 25 ans, la crise démographique et les pertes territoriales ont coûté à l’Ukraine environ 10 millions d’habitants, soit un habitant sur cinq.2

Avec un solde migratoire constamment négatif, surtout entre 1994 et 2002, l’Ukraine ne parvient pas à compenser la chute de sa natalité. La Russie et le Bélarus connaissent le même péril d’effondrement démographique. En 2007, Vladimir Poutine avait même qualifié la démographie chancelante du pays de problème le plus grave de la Russie moderne. L’effondrement de l’État et de la confiance populaire, la brutalité des mutations économiques et sociales, mais surtout l’impéritie sanitaire ont partout causé les mêmes dégâts. Dans les trois républiques, les mêmes causes ont produit les mêmes effets.

L’assainissement de l’économie ukrainienne et l’apparition d’un solde migratoire positif seraient-ils à même de stopper cette chute vertigineuse ? A considérer l’exemple russe et bélarus, on pourrait en douter. En dépit de leur solde migratoire positif, les voisins slaves de l’Ukraine ne sont pas encore sortis de la spirale de la dépopulation. Leur taux de fécondité est encore inférieur au seuil de renouvellement des générations (théoriquement fixé à 2,05 enfants par femme) tandis que leur taux de mortalité ne plonge toujours pas. Pour résumer, les trois républiques « sœurs » comme on les appelait jadis, ont un taux de natalité comparable aux pays occidentaux, mais un taux de mortalité équivalent aux pays les moins développés.

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L’Affaire
Schwartzbard – Petlioura

Des générations de français ont grandi dans l’idée que l’Ukraine n’était qu’une province russe et pour les plus intoxiqués, une province infestée d’affreux nationalistes passablement pogromistes et collabos. Cette image tronquée s’est en grande partie construite autour d’un retentissant assassinat survenu en plein cœur de Paris en 1926.

Assassiné le 25 mai 1926 de cinq balles tirées à bout portant devant une célèbre librairie du Quartier latin, le chef du gouvernement ukrainien Simon Petlioura, bien qu’en exil et sans pouvoirs réels, incarnait toujours la grande idée qui était venue bouleverser l’ordre franco-russe en Europe centre-orientale après la Révolution de 1917. Héros de la paysannerie ukrainienne et menace redevenue réelle pour le pouvoir bolchevique après le retour du maréchal Pilsudski au pouvoir, Simon Petlioura fut assassiné dans des conditions de lâcheté atroce, comme le notait le Figaro au début du procès.

Samuel Schwartzbard fut-il le justicier qu’il a prétendu être? Simon Petlioura s’est-il compromis en tolérant des pogroms antisémites? Et les Soviétiques ont-ils organisé l’attentat à des fins de propagande ? Le procès ne permit jamais de répondre à ces trois questions. Mais après la chute de l’Urss, des éléments nouveaux sont venus compléter ce dossier qui mériterait aujourd’hui une révision en Justice.

 

La presse française lors
du procès Schwartzbard

Le chroniqueur judiciaire du Figaro, Georges Claretie, lui-même avocat et citoyen aux convictions modérées, ancien secrétaire de Poincaré et homme de lettres érudit, expliquait du reste fort bien le contexte historique et politique de l’Ukraine, la personnalité de Simon Petlioura, son dégoût des pogroms, et surtout la singulière coïncidence donnant précisément à l’avocat attitré des communistes, Henry Torrès le soin de défendre le tueur. Il déplorait en outre l’inégalité de préparation entre la partie ukrainienne désargentée et la partie « israélite » comme on disait alors, soutenue par des témoins au nom prestigieux.

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18 mai 1944 : déportation totale des Tatars de Crimée

La journée dite du "Surgûn" commémore tous les 18 mai la déportation des Tatars criméens, ultime épisode génocidaire suite auquel la Crimée "qui-a-toujours-été-russe" devint russe à 90%. Demain les églises orthodoxes du Patriarcat kiévien vont sonner le glas en hommage aux Tatars de Crimée. Une première historique.

Comme bien d’autres génocides russes et soviétiques, le Surgûn est peu connu en Occident. C’est l’exil de force durant lequel TOUTE la population tatare fut déportée en Asie centrale. Soit 238.500 déportés et 110.000 décès dans les 18 mois suivants, soit un taux de mortalité de 46 % dû à la famine et aux conditions du « voyage ». Peu de temps après le Surgûn, des mesures administratives vexatoires vinrent compléter le nettoyage ethnique : l’autonomie de la presqu’île fut supprimée, et 80 % des noms de localités tatars furent changés en noms russes.

Ukrainiens et Tatars commémorent ensemble cette journée depuis quelques années, notamment depuis l’annexion russe en mars-avril 2014. En Ukraine continentale, une minute de silence sera respectée en hommage au peuple tatar. La Crimée occupée, elle, ne le pourra pas. Les autorités d’occupation ont interdit tout rassemblement, mesure désormais traditionnelle. Auparavant, Tatars et Ukrainiens se retrouvaient au somment du mont Çatır Dağ (Tchatér-dag) en prononçant le mot d’ordre : Millet! Watan! Qirim! qui signifient Peuple! Patrie! Crimée!

Fraternité dans le peuple
≡ Olena Teliha

Poétesse et militante nationaliste de premier plan, Olena Teliha est née en Russie dans un milieu russophone. Ce n'est qu'après avoir pris conscience de ses racines ukrainiennes qu'elle décidera d'apprendre l'ukrainien et de s'engager jusqu'au sacrifice ultime pour la libération de l'Ukraine. Opposée au nazisme comme au communisme, elle incarnera la fine fleur de la jeunesse idéaliste sourde aux sirènes des idéologies étrangères. Le texte que nous publions fait partie de ses derniers. Quelques mois plus tard en février 42, elle sera de la charrette : on pense qu'elle a été fusillée à Babyn Yar comme nombre de ses amis et frères de combat. Son plaidoyer contre l'internationalisme trompeur, faux-nez de l'impérialisme russe, n'a rien perdu de son actualité.

 

Traduit de l’ukrainien par NSM

 

CE FUT UNE VÉRITABLE ORGIE DE PAROLES CREUSES ET DE FORMULES-CHOCS. Vingt ans passés à faire leur barouf sur nos terres, à froufrouter comme des feuilles mortes, à se répandre comme des graines de tournesol et comme sortis d’une cosse, à faire traîner leur semence sur nos riches et bonnes terres…

L’âme ukrainienne à peine réveillée, redevenue libre et fière comme au temps jadis, avait longtemps repoussé et tenu à distance tout ce qui porté par un vent étranger et mauvais était venu tourner autour d’elle. Les mains du pays s’étaient mises à chercher la vieille lame du grand-père et de l’arrière-grand-père pour la seule défense de la patrie. Ses yeux miraient l’auguste Trident princier et ses étendards.1 Bouches et oreilles n’étaient prêtes qu’à un seul et puissant mot d’ordre : Gloire à l’Ukraine!2

Mais par le nord, depuis Moscou, ça soufflait, ça sifflait, ça se couvrait… L’Ukraine fut prise dans une véritable tempête de sombres et d’étrangers slogans. Ils volaient et s’aplatissaient par affiches entières contre les murs de nos villes; s’étalaient grassement comme les taches d’une nappe crasseuse, dans de grands et gris journaux; se propageaient par la bouche d’infatigables causeurs, envoyés en mission et remontés comme des gramophones par une main étrangère et hostile. Read More


  1. Trident ou Trézoub, emblème du grand-prince de la Rous’ Volodimer 1er puis du mouvement ukrainien. Aujourd’hui emblème de l’Etat ukrainien. 

  2. NDT : Slogan de 1918 repris par l’Organisation des Nationalistes Ukrainiens (OUN) dans les années 30. Depuis l’agression russe de 2014, cette formule à laquelle on répond « Gloire aux héros ! » est redevenue universelle en Ukraine. 

Le 9 mai 1945, drôle de victoire pour l’Ukraine

Tous les 9 mai, c'est la même histoire. Ou plutôt, la même version de l'histoire. L'Armée Rouge a libéré l'Ukraine et vaincu le fascisme. Vous me le copierez cent fois si vous n'y croyez pas !

Le dogme soviétique de la libération de l’Ukraine en 1945 serait un peu comme ces dogmes des temps antiques, révérés comme sacrés et voués à être transmis dans les siècles postérieurs; de ceux dont on ne polémiquerait même plus, car l’enjeu tant pratique qu’idéologique n’en vaudrait plus la peine. Pourtant, ce dogme soviétique est bien, de tous les autres, le plus abrutissant. Il court-circuite toute réflexion sur la nature réelle des relations entre deux peuples qui risquent dorénavant de s’affronter à tout moment.

Dogmatisme historique

D’après Poutine, la Russie aurait vaincu l’Allemagne même sans l’Ukraine (16 décembre 2010). Des propos qui blessent encore profondément les vétérans ukrainiens de l’Armée rouge. De Stalingrad à Berlin, en passant par la grande bataille de Koursk et le sanglant passage du Dniepr (500.000 morts, 10 fois le Débarquement en Normandie) ils ont tenu le front dans les pires souffrances. L’Ukraine fut détruite et pratiquement pas indemnisée, elle dut même reconstruire la Crimée dans les années 60. Quatre citoyens soviétiques sur dix tués durant la Seconde Guerre mondiale furent ukrainiens. Mais comme Poutine, la France n’en tient pas compte. Les 9 millions de morts ukrainiens ne valent pas même une pâquerette lors des cérémonies nationales. Il en est tout autrement des honneurs dévolus aux Russes, lesquels ont été conviés par la République aux cérémonies de 2016, et ce malgré la « crise » ukrainienne. C’est donc Poutine qui a « représenté » l’Ukraine sur les plages du Débarquement le 6 juin, juste après l’arrivée à Saint-Nazaire de 400 marins russes, débarquant en France pour se former à bords de navires d’assaut et de commandement Mistral.1

Quant au 9 mai ukrainien, il avait pris en 2014 après la révolution du Maïdane, un goût particulier. Aux parades habituelles du souvenir s’était ajoutée l’odeur du sang et de la poudre. On aurait dit une chasse aux hérétiques. A Donetsk, le chef de la fanfare ayant eu le tort de jouer l’hymne ukrainien, en fut quitte pour une gifle publique. Mais à Marioupil (ville totalement russifiée) les soldats ukrainiens venus libérer la préfecture aux mains des « terrorusses » se firent traiter de fascistes. On vit des civils, sans armes, en train de pourchasser les « nazis de Kiev » comme des fanatiques allant au martyre. L’effet « 9 mai » tous les ans redouté redoublait t’intensité. De nombreuses provocations avaient déjà eu lieu, avec blessés pas balles et rixes mémorables. Mais cette année-là on peut dire que la réalité dépassa la fiction. On rejoua littéralement la « libération » de l’Ukraine. Pas avec des figurants comme auparavant, mais à balles réelles.

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  1. Le nouveau président ukrainien, Pierre Porochenko, a été invité au 70e anniversaire du Débarquement de Normandie après la première publication de cet article en 2014; c’est une première historique.  

Le paisible atome soviétique

J’adore cette phrase ukrainienne d’avant l’Indépendance: radianskéï mérnéï atom. Le paisible atome soviétique. Une phrase presque musicale, bien mieux taillée pour les déclamations d’un théâtre de plein air que pour les slogans d’idéologies à bout de souffle. Il est vrai qu’atome pacifique ou nucléaire civil soviétique aurait été des traductions plus adéquates, mais pour l’extérieur.

 

« Un printemps à Tchernobyl » d’Emmanuel Lepage. Un très bel album de bande dessinée consacré à Tchernobyl.

Pour l’intérieur, il fallait du paisible, oui, du tranquille, du genre « qui ne fait pas peur » même en temps de paix. Tout doux en somme, cet atome soviétique, doux comme un agneau, avec quatre pattes – pas une de plus, pas une de moins ! – puis, quand l’atome soviétique se fit moins paisible après ce beau week-end d’avril 1986, on se mit à le vilipender. On lui crachait son nuage radioactif à la gueule; espèce de sale Tchaès ! qu’on disait. C’est le sigle pour TCHornobilska Atomna Elektro-Stantsia: centrale nucléaire de Tchernobyl.

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Sept sur onze…

D'après les sondages, deux tiers des Français voteront pour un candidat moscoutaire au premier tour. Seul 1 Français sur 10 votera pour un candidat résolument opposé à la politique russe en Ukraine et en Syrie.

D’après les derniers sondages, 66% des Français voteraient pour un candidat favorable à la Russie. Une première historique lors d’une élection française. Première fois également que des candidats évoquent un nécessaire changement de frontières en Europe orientale, – celles de l’Ukraine il va de soi. Jean-Luc Mélenchon a été le premier à le déclarer clarâ voce lors d’un débat télévisé.

En septembre 2014, le plus ukrainophobe des candidats avait voté contre l’accord d’Association UE-Ukraine. Quatre ans plus tôt, il avait vitupéré contre les Lituaniens pour les mêmes raisons, cette fois en leur demandant en prime d’aller se faire foutre (SIC). Mais le 20 mars dernier, le champion de l’extrême gauche touchait au fondement même de la paix en Europe. Lors du débat entre les cinq candidats majeurs de la présidentielle, Mélenchon évoquait sans barguigner une conférence de la Paix de sorte à modifier les frontières héritées de l’Urss.1 On s’en doute, au bénéfice de la Grande-et-Sainte.

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  1. «Je veux être le président de la paix et faire une conférence de sécurité de l’Atlantique à l’Oural. Il faut qu’on rediscute de toutes les frontières issues de l’ancienne Union soviétique. Rien ne sert de se montrer armé jusqu’aux dents contre la Russie, mieux vaut discuter». (…) «Il faut qu’on rediscute de toutes les frontières. La frontière entre la Russie et l’Ukraine, est-elle à la fin de la Crimée ou avant? Je n’en sais rien. On doit en parler.»  

Quand le plus grand géographe français parlait d’Ukraine…

Elysée Reclus est un des plus grands géographes français. Dans sa monumentale Nouvelle Géographie Universelle, il décrit le présent et le passé de ces (comme on disait alors) Oukraïniens. En voici quelques remarquables extraits.

Parfaitement documenté au sujet de l’Ukraine – sans doute grâce à son ami et frère de pensée Michel Dragomanov, comme lui exilé en Suisse –, l’enfant terrible de la géographie française réconcilie avec la réalité cette science parfois fantaisiste qu’on appelle communément « géographie ». Les troisième et cinquième volets de la Nouvelle Géographie Universelle parus peu avant la fatidique alliance franco-russe, contiennent de précieuses informations sur les « Ruthènes »,  « Petits-Russiens » et autres Cosaques d’Ukraine, mais aussi sur les autres populations de la région comprise entre le Danube et le Don, en passant par la Crimée et le Kouban.

Ouvrage monumental, les extraits choisis concernent surtout ces populations et leur histoire, identité, mentalité, etc… bien que la géographie des ressources naturelles et certains détails de la vie économique ne manquent pas d’intérêt. A ce propos, autant prévenir le lecteur diasporien en mal « de racines » ou « d’authenticité » : certaines descriptions risquent de le déconcerter. Quant au Français qui ne voudrait voir en l’Ukraine qu’une sorte de Provence ou d’Occitanie, ce voyage risque de l’emmener loin de ses illusions.

On entend parfois que seules les âmes poétiques peuvent comprendre l’Ukraine. Mais cela n’empêche pas le sens critique et l’analyse rationnelle. Elysée Reclus possède toutes ces qualités.

Remarque importante – Quand l’informatique le permet, la graphie et l’orthographe sont telles que dans l’édition originale. Entre crochets : les corrections modernes et autres notes de PanDoktor. Nous reproduisons également les cartes d’état-major et les illustrations. Les notes originales sont renumérotées et parfois écourtées. Les titres et caractères gras ont été ajoutés pour le confort de lecture.

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Tu mourras,
Tu brûleras, Ukraine
(Taras Chevtchenko)

En bon lecteur de la Bible, Taras Chevtchenko s'inspire ici du Livre d'Osée au chapitre XIV. Son imitation reprend le style prophétique des bibles en slavon, mais pour servir une idée tout à fait nouvelle, qui hélas à ce jour ne perd rien de son actualité...

Osée XIV

Tu mourras, tu brûleras, Ukraine,
Jusqu’à ne plus laisser de trace.
Et dire que tu pouvais te complaire
Jadis dans ta païenne débauche! ô Ukraine,
Mon cher, mon innocent pays !

Pourquoi le Seigneur te châtie,
Te châtie si durement? Sous Bohdàn,
Et sous Pierre de rage abruti,
Et sous ces ignobles pàns,
D’un bout à l’autre il t’anéantit…1

Il t’immolera encore, aveuglément
Et dûment, car dans sa grande clémence,
Sans mot dire, le Très-Patient patiemment
Mirait tes coupables entrailles
Avant de t’avertir crûment : Read More


  1. Les pàns, riches colons ou seigneurs polonais en Ukraine. Pierre, le tsar Pierre 1er, vainqueur de Mazepa à Poltava. Bohdàn, l’Hetman ukrainien Bohdan Khmelnytsky, signataire de « l’Union » entre l’Ukraine et la Russie en 1654. A ce propos, le dessin en couverture qui est de Chevtchenko lui-même, décrit la mort de l’Hetman.  

Monde Russe:
des façades Potemkine
aux asiles enchantés

Les grands de ce monde font penser à de petits enfants: ce qu’ils adorent par-dessus tout, c’est donner l’illusion de leur propre grandeur à travers quelques trucs de comédien.

Le plus ancien d’entre eux, plus ancien que la Russie elle-même, remonte à cet antique et quasi alchimique « savoir-faire » grâce auquel on fit croire en la transmutation de la Russie de bois en Russie dorée. Il suffisait de porter la fameuse couronne de Monomaque, prince ruthène du XIIe siècle, pour rendre le titre de tsar plus légitime quelques siècles plus tard. Mais ce n’était qu’une légende. Il ne s’agissait pas d’un présent byzantin, mais bien d’un fake tatar, un vulgaire bonnet emperlousé.

À en croire ce qu’en disent les témoins oculaires, les feux d’artifice pétroviens furent les plus fastueux jamais tirés. On les montrait à la moindre occasion, du reste souvent la même, comme la prise d’une forteresse ennemie ou le retour d’une terre « perdue », au choix. Avec un tel theatrum de feu et de lumières, ce petit tyran de tsar rendait clos et cois les diplomates étrangers, lesquels devaient croire qu’un kilo de poudre en Russie valait moins qu’un kilo de sable.

Plus tard Catherine la grande à fin de justifier de son épithète redoubla d’efforts et d’imagination lors des jubilés et autres grandes fêtes de la cour, dans les monuments à la gloire des tsars, les spectacles pyrotechniques, les extravagances théâtrales, et bien sûr les interminables parades et autres mascarades. Cette ambitieuse tsarine atteinte de graphomanie aiguë se piqua, dit-on, d’écrire une tragicomédie pseudo-historique, Crimée russe ! dont l’histoire s’écrit encore de nos jours… La mémoire du mythique voyage qu’elle effectua par-devers les terres tatares de Crimée et les terres cosaques de Nouvelle Russie (Novorossia) demeure encore vivace de nos jours, tant ce déplacement d’une impératrice déjà fort imbue de sa personne fut marqué par une pompe jusqu’alors inédite. Pourtant Catherine n’est le plus souvent connue dans l’histoire qu’à travers les anecdotes peu catholiques au sujet de son intimité, et bien sûr par cette fameuse locution des villages Potemkine, du nom d’un de ces ministres et amants qui construisit de faux villages en Crimée. Leurs façades luxueuses devaient accréditer l’idée d’une Nouvelle Russie prospère et heureuse.

La Russie des soviets se débarrassa des tsars, mais conserva son goût pour l’art de l’illusion, pensant pouvoir multiplier le pain du peuple d’un simple trait de plume bureaucratique. La Russie d’aujourd’hui s’efforce avec plus ou moins de bonheur de recycler l’ancien éclat tsariste sans pour autant renier l’engouement typiquement soviétique pour toute sorte de numéros bon marché et autres shows populaciers.

Les largesses olympiques de Sotchi, par exemple, devaient consacrer la rémission économique et politique d’une puissance au passé prestigieux et toujours pourvue de grasses provendes. En un mot, on devait assister au retour de la Russie Impériale parmi les grandes nations.1

Car créer des mondes parallèles via les médias, « inspirer » des journalistes tout en les mettant au pas, envoyer de la poudre aux yeux en tenant un discours de grande puissance, éblouir son monde sous les torches gazpromiennes, faire des tours de passe-passe statistiques, jongler avec les âmes mortes tout en manipulant les vivantes, cultiver l’art du trompe-l’œil avec les troupes envoyées en Ukraine, faire apparaître et disparaître des chars tombés du ciel ou de mystérieux convois humanitaires au contenu invisible, le corps de soldats officiellement absents ou encore d’éphémères « petits hommes verts » sortant du chapeau au débotté comme de blanches colombes… de la paix, il va de soi ! – oui, tous ces trucs de magicien, Mère Russie en a plein sa fausse manche. Le clou du spectacle cette année, ce sont les réfugiés d’Ukraine. Du sensationnel. Un phénomène que l’Ukraine depuis toutes ces années d’indépendance n’avait encore jamais connu (en plus des « boïoviks », ces combattants hors la loi importés de Russie, autre surprise de la saison).

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L’Unité religieuse et politique de l’Ukraine,
une chimère?

Il y a 125 ans naissait en Galicie un homme hors du commun. Patriarche de l’Église gréco-catholique ukrainienne déporté au Goulag puis libéré grâce au président Kennedy, le cardinal Joseph Slipyj garde à ce jour une immense aura parmi les "uniates" ukrainiens. Plus de 35 ans après sa publication, le Testament spirituel du patriarche prônant l'unité religieuse et politique de l'Ukraine demeure d'une grande actualité. Un autre cardinal, Andreï Sheptytsky, eut sur son successeur une influence déterminante. Deux autorités morales qui font cruellement défaut aujourd'hui.

Voix forte de l’Église du silence, patriarche rebelle et patriote, Joseph Slipyj1 n’est pas de ces Éminences « grises » dont regorge l’histoire. Son ministère, exercé avec panache dans les conditions les plus extrêmes, valut très vite au personnage une place d’honneur au sein du panthéon ukrainien. Et si Rome le porta également au pinacle, les revendications patriarcales du cardinal ne manquèrent pas d’embarrasser ceux qui au Vatican considèrent le « problème uniate » comme incompatible avec les intérêts de l’Église romaine en Russie et alentour.

Fidèle à ses convictions politiques, Joseph Slipyj s’est toujours fait une certaine idée de l’Église ukrainienne et de sa vocation particulière. Promise à un bel avenir au temps où Kiev rayonnait par sa culture et son commerce, l’Église Kiévienne perdit son unité au gré des circonstances historiques, s’impliqua dans des querelles qui n’étaient pas les siennes et finit par devenir une boîte de Pandore que les Ukrainiens peinent toujours à refermer. Cette Église, berceau spirituel des trois plus grands peuples slaves, a constamment bataillé pour son indépendance, son identité et, en quelque sorte, son exception culturelle. Ce fut le cas non pas contre une, mais contre trois Rome simultanément: l’italienne, avec sa conception particulière de l’universalité ; la byzantine, qui refusa la prééminence de la première ; et enfin la moscovite, qui se croit toujours héritière des deux dernières.2

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  1. En ukrainien Йосиф Сліпий, transcrit Slipyj à l’anglo-saxonne, mais qui se prononce Slipéï en français. 

  2. Voir à ce propos notre article: Moscou troisième Rome? 

La « donbassification »
de l’Ukraine

Maxime Vikhov, Donbassien depuis au moins quatre générations, sociologue, journaliste, passionné de culture ukrainienne, d’éthique et de politique, signe ici un article lucide sur l’état de l’Ukraine bien plus divisée par l’absence d’État unitaire que d’autre chose. L’avenir s’annonce des plus sombres pour le pays si Kiev n’impose pas son autorité au-dessus des clans politico-mafieux. Avis aux décentralisateurs de tout poil.

De l’ukrainien par NSM

 

Considérer le Donbass comme une entité spécifique et la sédition qui s’y déroule comme la résultante de contingences historiques, voilà une idée bien commode. Les Ukrainiens peuvent donc dormir sur leurs deux oreilles sans craindre de se réveiller un jour citoyens d’une « république » pirate. Mais en réalité, le scénario donbassien menace d’autres régions d’Ukraine, y compris hors des confins orientaux et méridionaux du pays. Pour évaluer cette menace à sa juste mesure, il faudrait pour un temps oublier la main de Moscou et arrêter notre regard plus particulièrement sur la nature du pouvoir ukrainien, notamment sur la façon dont fonctionne l’État unitaire en Ukraine.

Il n’est un secret pour personne que les rouages administratifs actuels sont hérités de la République socialiste soviétique d’Ukraine : en premier lieu, son hyper-régulation et son centralisme bureaucratique excessif. En bref, tout ce dont se plaignent les partisans de la décentralisation, et leurs critiques visent juste : les rouages administratifs en leur état actuel entravent le développement des régions et plombent durablement le pouvoir central sous des problèmes d’ordre local. Or, cette concentration du pouvoir (ne résidant qu’en la seule capitale) laisse la porte grande ouverte à divers abus, voire à l’usurpation du pouvoir lui-même. Mais il ne s’agit que du côté formel de l’administration de l’État. En réalité l’Ukraine est déjà décentralisée de par son découpage en baronnies locales, demeurant loyales au pouvoir central tant que les intérêts de leurs barons ne se voient remis en cause.

L’exemple type d’une telle baronnie est le Donbass tel qu’il était avant la guerre. Dans les premières années de l’Indépendance, une puissante élite locale s’y est rapidement fixée, élite qu’on pourrait qualifier en français de « Doneskonnection ». Celle-ci a fait main basse sur toutes les fonctions du pouvoir local ainsi que sur les ressources économiques régionales, cependant que l’influence de Kiev s’y réduisait jusqu’au strict minimum. Ce qui explique toutes les tentatives infructueuses de Viktor Youchtchenko d’y installer des gouverneurs loyaux à Kiev après la Révolution orange en 2005.

Mais le pouvoir de la Donetskonnection, l’Ukraine en a vraiment pris la mesure sous la présidence de Yanoukovitch, quand les Donetskiens entamèrent la purge systématique des éléments « étrangers » dans tous les domaines de la haute fonction publique, « ponctionnant » au passage dans les flux financiers et en s’appropriant les industries et autres business. Jouer aux petits séparatistes n’est qu’une des manifestions de l’assurance dont peuvent faire preuve ces barons donetskiens, barons qui n’ont pas seulement osé défier l’État central, mais ont même tenté de mener leur propre politique étrangère. Que le Kremlin les ait utilisés pour ses propres intérêts ne constitue qu’une récidive de plus. De surcroît, la débâcle complète du clan de Donetsk ne change en rien les données du problème, qui est global en l’Ukraine : elle n’a fait que le mettre en évidence.

Prenons à titre d’exemple le cas du « Klondike ambré » (NDT : il s’agit des exploitations sauvages et dévastatrices de l’ambre de rivière, près de la Pologne en Volynie). Malgré les menaces du président Porochenko sur Facebook, stopper ce genre de pillage s’avère toujours impossible. De sorte à mettre fin à la furie des pailleteurs, le chef de l’administration régionale de Rivnè a récemment demandé au Ministère de l’Intérieur le déploiement de la Garde nationale dans l’oblaste. Mais les trafiquants n’hésitent pas à répliquer aux forces de l’ordre, à main armée notamment. Les activistes locaux d’Euromaïdane avaient à peu de choses près formulé les mêmes demandes d’intervention de la part de Kiev, quand au printemps 2014 la région de Donetsk et de Louhansk commençaient à tomber sous la coupe de factions séditieuses.

Dans le cas de la Volynie, il ne s’agit pas tant de crime organisé que de l’incapacité de Kiev à contrôler une région supplémentaire. Il s’avère que les leviers institutionnels ne sont plus capables de peser sur les événements, le pouvoir étant passé entre les mains des barons locaux. Idem en Transcarpathie, où rien n’arrête les contrebandiers. Les barons locaux y ont même installé des passages frontaliers privés, gardés par des armées privées. Mais ce ne sont là que les cas les plus criants d’usurpation de pouvoir au niveau local. En réalité, cette division du territoire national en baronnies concerne pour ainsi dire toute l’Ukraine. Qu’on les qualifie de groupes politico-financiers, de clans oligarchiques, ou sous quelque appellation que ce soit, le fond du problème ne varie guère. Pour les communautés en région, cela signifie l’usurpation et la concentration des pouvoirs ainsi que des ressources économiques entre les mains d’un petit cercle de personnes ; et pour l’État, il ne s’agit que d’un consensus établi entre les dirigeants du pays et les barons locaux. Consensus qui implique, pour chaque nouveau président, une réactualisation du contrat renouvelant l’offre de garantie et d’immunité apportées auxdits barons. C’est ce que fit justement Viktor Youchtchenko, en tombant sous le chantage de la Donnestkonnection et en contractant avec elle une sorte d’accord tacite de non-agression. Read More