• <BR /><BR />Sept sur onze...

    Sept sur onze...
    Deux tiers des Français voteront pour un candidat moscoutaire au premier tour
  • <span style="text-transform: none;">Le linceul du "monde russe" <BR />sera orné de</span> broderies ukrainiennes Le linceul du "monde russe"
    sera orné de
    broderies ukrainiennes
    Le légendaire journaliste russe Alexandre Nevzorov explique pourquoi Russes et Ukrainiens ne sont pas des peuples frères et pourquoi le « monde russe » n’est pas constructible.
  • Holodomor <span style="text-transform: none;"><BR />‒ un Holocauste ukrainien?</span> Holodomor
    ‒ un Holocauste ukrainien?
    En 1932 et 1933, des millions d’ukrainiens furent intentionnellement affamés. Avec des pertes comparables à celles de la première guerre mondiale, la guerre paysanne menée par le régime russo-communiste en Ukraine apparaît comme l’une des plus vastes hécatombes de l’histoire universelle.
  • <span style="text-transform: none;">Aux origines du </span>livre <span style="text-transform: none;">ukrainien</span> Aux origines du livre ukrainien Le premier livre jamais imprimé en cyrillique vit le jour grâce à des lettrés ruthènes et des imprimeurs allemands. C'est en Ukraine que fut compilé le premier grand manuscrit ruthène et que fut imprimée la première Bible complète en cyrillique. Les premières illustrations et les premiers manuels du monde slave oriental virent le jour également en Ukraine. Une histoire injustement méconnue qui méritait bien un petit exposé.
  • Histoire du Maïdane Histoire du Maïdane Voici deux ans commençait la Révolution de la Dignité. Récit complet avec résumé des précédents Maïdanes par Volodymyr Viatrovytch, témoin et acteur des événements.
  • <span style="text-transform: none;">Et avec tout ça...<BR /></span><span style="text-transform: none;"> Les Français voient-ils enfin une</span> différence <span style="text-transform: none;">entre Russes et Ukrainiens ?</span> Et avec tout ça...
    Les Français voient-ils enfin une différence entre Russes et Ukrainiens ?
    L’Ukraine au-delà d’une identité, est un projet, une volonté, une idée d’hommes libres
  • De la Tauride à la Crimée  <BR /><span style="text-transform: none;">– Chronologie synthétique</span> De la Tauride à la Crimée
    – Chronologie synthétique
    La péninsule criméenne de l'Antiquité à nos jours en 5 périodes clés agrémentée de cartes et d'illustrations.
  • <span style="text-transform: none;">La Constitution de Bendèr, texte précurseur de la </span>démocratie européenne? La Constitution de Bendèr, texte précurseur de la démocratie européenne? En 1710 une Constitution cosaque s'adressait à des hommes libres capables d'entreprendre de profondes réformes et d'en faire naître les vertus publiques...
  • Moscou troisième Rome ? Moscou troisième Rome ? La transmission de l’idée impériale en Russie des origines à nos jours, ses répercussions sur la formation et la reconnaissance de l'identité nationale en Ukraine, et son influence fondamentale sur le conflit présent.
  • Lettre de Donetsk Lettre de Donetsk Une personne de Donetsk s'adresse au reste de l'Ukraine... pleine d'espoir en son pays



Sept sur onze…

D'après les sondages, deux tiers des Français voteront pour un candidat moscoutaire au premier tour. Seul 1 Français sur 10 votera pour un candidat résolument opposé à la politique russe en Ukraine et en Syrie.

D’après les derniers sondages, 66% des Français voteraient pour un candidat favorable à la Russie. Une première historique lors d’une élection française. Première fois également que des candidats évoquent un nécessaire changement de frontières en Europe orientale, – celles de l’Ukraine il va de soi. Jean-Luc Mélenchon a été le premier à le déclarer clarâ voce lors d’un débat télévisé.

En septembre 2014, le plus ukrainophobe des candidats avait voté contre l’accord d’Association UE-Ukraine. Quatre ans plus tôt, il avait vitupéré contre les Lituaniens pour les mêmes raisons, cette fois en leur demandant en prime d’aller se faire foutre (SIC). Mais le 20 mars dernier, le champion de l’extrême gauche touchait au fondement même de la paix en Europe. Lors du débat entre les cinq candidats majeurs de la présidentielle, Mélenchon évoquait sans barguigner une conférence de la Paix de sorte à modifier les frontières héritées de l’Urss.1 On s’en doute, au bénéfice de la grande et sainte.

Read More


  1. «Je veux être le président de la paix et faire une conférence de sécurité de l’Atlantique à l’Oural. Il faut qu’on rediscute de toutes les frontières issues de l’ancienne Union soviétique. Rien ne sert de se montrer armé jusqu’aux dents contre la Russie, mieux vaut discuter». (…) «Il faut qu’on rediscute de toutes les frontières. La frontière entre la Russie et l’Ukraine, est-elle à la fin de la Crimée ou avant? Je n’en sais rien. On doit en parler.»  

Quand le plus grand géographe français parlait d’Ukraine…

Elysée Reclus est un des plus grands géographes français. Dans sa monumentale Nouvelle Géographie Universelle, il décrit le présent et le passé de ces (comme on disait alors) Oukraïniens. En voici quelques remarquables extraits.

Parfaitement documenté au sujet de l’Ukraine – sans doute grâce à son ami et frère de pensée Michel Dragomanov, comme lui exilé en Suisse –, l’enfant terrible de la géographie française réconcilie avec la réalité cette science parfois fantaisiste qu’on appelle communément « géographie ». Les troisième et cinquième volets de la Nouvelle Géographie Universelle parus peu avant la fatidique alliance franco-russe, contiennent de précieuses informations sur les « Ruthènes »,  « Petits-Russiens » et autres Cosaques d’Ukraine, mais aussi sur les autres populations de la région comprise entre le Danube et le Don, en passant par la Crimée et le Kouban.

Ouvrage monumental, les extraits choisis concernent surtout ces populations et leur histoire, identité, mentalité, etc… bien que la géographie des ressources naturelles et certains détails de la vie économique ne manquent pas d’intérêt. A ce propos, autant prévenir le lecteur diasporien en mal « de racines » ou « d’authenticité » : certaines descriptions risquent de le déconcerter. Quant au Français qui ne voudrait voir en l’Ukraine qu’une sorte de Provence ou d’Occitanie, ce voyage risque de l’emmener loin de ses illusions.

On entend parfois que seules les âmes poétiques peuvent comprendre l’Ukraine. Mais cela n’empêche pas le sens critique et l’analyse rationnelle. Elysée Reclus possède toutes ces qualités.

Remarque importante – Quand l’informatique le permet, la graphie et l’orthographe sont telles que dans l’édition originale. Entre crochets : les corrections modernes et autres notes de PanDoktor. Nous reproduisons également les cartes d’état-major et les illustrations. Les notes originales sont renumérotées et parfois écourtées. Les titres et caractères gras ont été ajoutés pour le confort de lecture.

Read More

Tu mourras,
Tu brûleras, Ukraine
(Taras Chevtchenko)

En bon lecteur de la Bible, Taras Chevtchenko s'inspire ici du Livre d'Osée au chapitre XIV. Son imitation reprend le style prophétique des bibles en slavon, mais pour servir une idée tout à fait nouvelle, qui hélas à ce jour ne perd rien de son actualité...

Osée XIV

Tu mourras, tu brûleras, Ukraine,
Jusqu’à ne plus laisser de trace.
Et dire que tu pouvais te complaire
Jadis dans ta païenne débauche! ô Ukraine,
Mon cher, mon innocent pays !

Pourquoi le Seigneur te châtie,
Te châtie si durement? Sous Bohdàn,
Et sous Pierre de rage abruti,
Et sous ces ignobles pàns,
D’un bout à l’autre il t’anéantit…1

Il t’immolera encore, aveuglément
Et dûment, car dans sa grande clémence,
Sans mot dire, le Très-Patient patiemment
Mirait tes coupables entrailles
Avant de t’avertir crûment : Read More


  1. Les pàns, riches colons ou seigneurs polonais en Ukraine. Pierre, le tsar Pierre 1er, vainqueur de Mazepa à Poltava. Bohdàn, l’Hetman ukrainien Bohdan Khmelnytsky, signataire de « l’Union » entre l’Ukraine et la Russie en 1654. A ce propos, le dessin en couverture qui est de Chevtchenko lui-même, décrit la mort de l’Hetman.  

Monde Russe:
des façades Potemkine
aux asiles enchantés

Les grands de ce monde font penser à de petits enfants: ce qu’ils adorent par-dessus tout, c’est donner l’illusion de leur propre grandeur à travers quelques trucs de comédien.
Le plus ancien d’entre eux, plus ancien que la Russie elle-même, remonte à cet antique et quasi alchimique « savoir-faire » grâce auquel on fit croire en la transmutation de la Russie de bois en Russie dorée. Il suffisait de porter la fameuse couronne de Monomaque, prince ruthène du XIIe siècle, pour rendre le titre de tsar plus légitime quelques siècles plus tard. Mais ce n’était qu’une légende. Il ne s’agissait pas d’un présent byzantin, mais bien d’un fake tatar, un vulgaire bonnet emperlousé.

À en croire ce qu’en disent les témoins oculaires, les feux d’artifice pétroviens furent les plus fastueux jamais tirés. On les montrait à la moindre occasion, du reste souvent la même, comme la prise d’une forteresse ennemie ou le retour d’une terre « perdue », au choix. Avec un tel theatrum de feu et de lumières, ce petit tyran de tsar rendait clos et cois les diplomates étrangers, lesquels devaient croire qu’un kilo de poudre en Russie valait moins qu’un kilo de sable.

Plus tard Catherine la grande à fin de justifier de son épithète redoubla d’efforts et d’imagination lors des jubilés et autres grandes fêtes de la cour, dans les monuments à la gloire des tsars, les spectacles pyrotechniques, les extravagances théâtrales, et bien sûr les interminables parades et autres mascarades. Cette ambitieuse tsarine atteinte de graphomanie aiguë se piqua, dit-on, d’écrire une tragicomédie pseudo-historique, Crimée russe ! dont l’histoire s’écrit encore de nos jours… La mémoire du mythique voyage qu’elle effectua par-devers les terres tatares de Crimée et les terres cosaques de Nouvelle Russie (Novorossia) demeure encore vivace de nos jours, tant ce déplacement d’une impératrice déjà fort imbue de sa personne fut marqué par une pompe jusqu’alors inédite. Pourtant Catherine n’est le plus souvent connue dans l’histoire qu’à travers les anecdotes peu catholiques au sujet de son intimité, et bien sûr par cette fameuse locution des villages Potemkine, du nom d’un de ces ministres et amants qui construisit de faux villages en Crimée. Leurs façades luxueuses devaient accréditer l’idée d’une Nouvelle Russie prospère et heureuse.

La Russie des soviets se débarrassa des tsars, mais conserva son goût pour l’art de l’illusion, pensant pouvoir multiplier le pain du peuple d’un simple trait de plume bureaucratique. La Russie d’aujourd’hui s’efforce avec plus ou moins de bonheur de recycler l’ancien éclat tsariste sans pour autant renier l’engouement typiquement soviétique pour toute sorte de numéros bon marché et autres shows populaciers.

Les largesses olympiques de Sotchi, par exemple, devaient consacrer la rémission économique et politique d’une puissance au passé prestigieux et toujours pourvue de grasses provendes. En un mot, on devait assister au retour de la Russie Impériale parmi les grandes nations.1

Car créer des mondes parallèles via les médias, « inspirer » des journalistes tout en les mettant au pas, envoyer de la poudre aux yeux en tenant un discours de grande puissance, éblouir son monde sous les torches gazpromiennes, faire des tours de passe-passe statistiques, jongler avec les âmes mortes tout en manipulant les vivantes, cultiver l’art du trompe-l’œil avec les troupes envoyées en Ukraine, faire apparaître et disparaître des chars tombés du ciel ou de mystérieux convois humanitaires au contenu invisible, le corps de soldats officiellement absents ou encore d’éphémères « petits hommes verts » sortant du chapeau au débotté comme de blanches colombes… de la paix, il va de soi ! – oui, tous ces trucs de magicien, Mère Russie en a plein sa fausse manche. Le clou du spectacle cette année, ce sont les réfugiés d’Ukraine. Du sensationnel. Un phénomène que l’Ukraine depuis toutes ces années d’indépendance n’avait encore jamais connu (en plus des « boïoviks », ces combattants hors la loi importés de Russie, autre surprise de la saison).

Read More

L’Unité religieuse et politique de l’Ukraine, une chimère ?

Il y a 125 ans naissait en Galicie un homme hors du commun. Patriarche de l’Église gréco-catholique ukrainienne déporté au Goulag puis libéré grâce au président Kennedy, le cardinal Joseph Slipyj garde à ce jour une immense aura parmi les "uniates" ukrainiens. Plus de 35 ans après sa publication, le Testament spirituel du patriarche prônant l'unité religieuse et politique de l'Ukraine demeure d'une grande actualité. Un autre cardinal, Andreï Sheptytsky, eut sur son successeur une influence déterminante. Deux autorités morales qui font cruellement défaut aujourd'hui.

Voix forte de l’Église du silence, patriarche rebelle et patriote, Joseph Slipyj1 n’est pas de ces Éminences « grises » dont regorge l’histoire. Son ministère, exercé avec panache dans les conditions les plus extrêmes, valut très vite au personnage une place d’honneur au sein du panthéon ukrainien. Et si Rome le porta également au pinacle, les revendications patriarcales du cardinal ne manquèrent pas d’embarrasser ceux qui au Vatican considèrent le « problème uniate » comme incompatible avec les intérêts de l’Église romaine en Russie et alentour.

Fidèle à ses convictions politiques, Joseph Slipyj s’est toujours fait une certaine idée de l’Église ukrainienne et de sa vocation particulière. Promise à un bel avenir au temps où Kiev rayonnait par sa culture et son commerce, l’Église Kiévienne perdit son unité au gré des circonstances historiques, s’impliqua dans des querelles qui n’étaient pas les siennes et finit par devenir une boîte de Pandore que les Ukrainiens peinent toujours à refermer. Cette Église, berceau spirituel des trois plus grands peuples slaves, a constamment bataillé pour son indépendance, son identité et, en quelque sorte, son exception culturelle. Ce fut le cas non pas contre une, mais contre trois Rome simultanément: l’italienne, avec sa conception particulière de l’universalité ; la byzantine, qui refusa la prééminence de la première ; et enfin la moscovite, qui se croit toujours héritière des deux dernières.2

Ainsi, après avoir été déchirée et manipulée, cette Église qui n’eut jamais de patriarcat en revendique à travers ses héritières ukrainiennes pas moins de trois. C’est que le destin exceptionnel du christianisme en Ukraine est souvent tombé dans des rouages bien éloignés des attributions spirituelles auxquelles devrait se tenir toute Église. C’est là une longue histoire généralement ignorée des Ukrainiens eux-mêmes et un handicap que le métropolite Slipyj reprocha plus d’une fois à son propre épiscopat.

Read More


  1. En ukrainien Йосиф Сліпий, transcrit Slipyj à l’anglo-saxonne, mais qui se prononce Slipéï en français. 

  2. Voir à ce propos notre article: Moscou troisième Rome? 

La « donbassification »
de l’Ukraine

Maxime Vikhov, Donbassien depuis au moins quatre générations, sociologue, journaliste, passionné de culture ukrainienne, d’éthique et de politique, signe ici un article lucide sur l’état de l’Ukraine bien plus divisée par l’absence d’État unitaire que d’autre chose. L’avenir s’annonce des plus sombres pour le pays si Kiev n’impose pas son autorité au-dessus des clans politico-mafieux. Avis aux décentralisateurs de tout poil.

De l’ukrainien par NSM

 

Considérer le Donbass comme une entité spécifique et la sédition qui s’y déroule comme la résultante de contingences historiques, voilà une idée bien commode. Les Ukrainiens peuvent donc dormir sur leurs deux oreilles sans craindre de se réveiller un jour citoyens d’une « république » pirate. Mais en réalité, le scénario donbassien menace d’autres régions d’Ukraine, y compris hors des confins orientaux et méridionaux du pays. Pour évaluer cette menace à sa juste mesure, il faudrait pour un temps oublier la main de Moscou et arrêter notre regard plus particulièrement sur la nature du pouvoir ukrainien, notamment sur la façon dont fonctionne l’État unitaire en Ukraine.

Il n’est un secret pour personne que les rouages administratifs actuels sont hérités de la République socialiste soviétique d’Ukraine : en premier lieu, son hyper-régulation et son centralisme bureaucratique excessif. En bref, tout ce dont se plaignent les partisans de la décentralisation, et leurs critiques visent juste : les rouages administratifs en leur état actuel entravent le développement des régions et plombent durablement le pouvoir central sous des problèmes d’ordre local. Or, cette concentration du pouvoir (ne résidant qu’en la seule capitale) laisse la porte grande ouverte à divers abus, voire à l’usurpation du pouvoir lui-même. Mais il ne s’agit que du côté formel de l’administration de l’État. En réalité l’Ukraine est déjà décentralisée de par son découpage en baronnies locales, demeurant loyales au pouvoir central tant que les intérêts de leurs barons ne se voient remis en cause.

L’exemple type d’une telle baronnie est le Donbass tel qu’il était avant la guerre. Dans les premières années de l’Indépendance, une puissante élite locale s’y est rapidement fixée, élite qu’on pourrait qualifier en français de « Doneskonnection ». Celle-ci a fait main basse sur toutes les fonctions du pouvoir local ainsi que sur les ressources économiques régionales, cependant que l’influence de Kiev s’y réduisait jusqu’au strict minimum. Ce qui explique toutes les tentatives infructueuses de Viktor Youchtchenko d’y installer des gouverneurs loyaux à Kiev après la Révolution orange en 2005.

Mais le pouvoir de la Donetskonnection, l’Ukraine en a vraiment pris la mesure sous la présidence de Yanoukovitch, quand les Donetskiens entamèrent la purge systématique des éléments « étrangers » dans tous les domaines de la haute fonction publique, « ponctionnant » au passage dans les flux financiers et en s’appropriant les industries et autres business. Jouer aux petits séparatistes n’est qu’une des manifestions de l’assurance dont peuvent faire preuve ces barons donetskiens, barons qui n’ont pas seulement osé défier l’État central, mais ont même tenté de mener leur propre politique étrangère. Que le Kremlin les ait utilisés pour ses propres intérêts ne constitue qu’une récidive de plus. De surcroît, la débâcle complète du clan de Donetsk ne change en rien les données du problème, qui est global en l’Ukraine : elle n’a fait que le mettre en évidence.

Prenons à titre d’exemple le cas du « Klondike ambré » (NDT : il s’agit des exploitations sauvages et dévastatrices de l’ambre de rivière, près de la Pologne en Volynie). Malgré les menaces du président Porochenko sur Facebook, stopper ce genre de pillage s’avère toujours impossible. De sorte à mettre fin à la furie des pailleteurs, le chef de l’administration régionale de Rivnè a récemment demandé au Ministère de l’Intérieur le déploiement de la Garde nationale dans l’oblaste. Mais les trafiquants n’hésitent pas à répliquer aux forces de l’ordre, à main armée notamment. Les activistes locaux d’Euromaïdane avaient à peu de choses près formulé les mêmes demandes d’intervention de la part de Kiev, quand au printemps 2014 la région de Donetsk et de Louhansk commençaient à tomber sous la coupe de factions séditieuses.

Dans le cas de la Volynie, il ne s’agit pas tant de crime organisé que de l’incapacité de Kiev à contrôler une région supplémentaire. Il s’avère que les leviers institutionnels ne sont plus capables de peser sur les événements, le pouvoir étant passé entre les mains des barons locaux. Idem en Transcarpathie, où rien n’arrête les contrebandiers. Les barons locaux y ont même installé des passages frontaliers privés, gardés par des armées privées. Mais ce ne sont là que les cas les plus criants d’usurpation de pouvoir au niveau local. En réalité, cette division du territoire national en baronnies concerne pour ainsi dire toute l’Ukraine. Qu’on les qualifie de groupes politico-financiers, de clans oligarchiques, ou sous quelque appellation que ce soit, le fond du problème ne varie guère. Pour les communautés en région, cela signifie l’usurpation et la concentration des pouvoirs ainsi que des ressources économiques entre les mains d’un petit cercle de personnes ; et pour l’État, il ne s’agit que d’un consensus établi entre les dirigeants du pays et les barons locaux. Consensus qui implique, pour chaque nouveau président, une réactualisation du contrat renouvelant l’offre de garantie et d’immunité apportées auxdits barons. C’est ce que fit justement Viktor Youchtchenko, en tombant sous le chantage de la Donnestkonnection et en contractant avec elle une sorte d’accord tacite de non-agression. Read More

Oléna, Russe d’Ukraine et médecin volontaire

Photo et reportage de l’excellent Youry Bilak qui nous a fait l'honneur et l'amitié de partager ses périples à travers l’Ukraine en guerre et nous offrir un précieux témoignages en direct du front. Voix, photo et transcription en français de l'entretien.

 

Read More

Du nationalisme,
voilà ce qu’il faut à l’Ukraine

Rares sont les articles en faveur du « nationalisme ukrainien » tant honni de l’intelligentsia occidentale. Mais Anne Applebaum, prix Pulitzer, spécialiste des pays de l’Est et éditorialiste au Washington Post, nous rappelle qu’il ne saurait y avoir de démocratie viable sans foi en la nation. Article paru il y a deux ans dans la « New Republic » et qui n’a rien perdu de son actualité, bien au contraire…

De l’anglais par NSM

 

Fermez les yeux, puis répétez ces mots : nationaliste ukrainien. Une image pourrait bien vous venir à l’esprit, sans doute un type barbu, crâne rasé et moustache en croc. Il porterait un uniforme noir ou un veston de cuir et des bottes. Selon votre pays, vous pourriez aussi imaginer que c’est un antisémite ou un tueur de paysans polonais. Comme tout stéréotype, celui-ci sera lié à certaines réalités historiques. Deux générations avant la nôtre, il y eut des Ukrainiens qui, pris entre les deux dictatures les plus sanguinaires de l’histoire, collaborèrent avec les nazis contre l’Union soviétique. Certains participèrent aux crimes de masse commis contre les Polonais, d’autres aux crimes de masse commis contre les Juifs.1

Mais cette mauvaise image cache d’autres réalités historiques et place hors champ tout un groupe de nationalistes ukrainiens moins ignobles : ceux qui dans un pays géographiquement plus chanceux seraient devenus les Garibaldi, les Sándor Petőfis ou les Jeffersons d’un État ukrainien moderne. Tel Mykhaïlo Hrouchevsky par exemple, nationaliste éclairé et auteur des premiers livres sur l’histoire de l’Ukraine qui présida le parlement ukrainien durant la brève indépendance de 1917 et 1918, avant que l’Ukraine ne soit défaite puis absorbée par l’URSS.

Mais plus que tout, cette image nous cache l’histoire réelle de la grande majorité des nationalistes ukrainiens du XXe siècle ; de ceux qui plus tard allaient devenir la cible majeure des purges, famines artificielles et autres déportations. Entre 1932 et 1933, trois à cinq millions de paysans ukrainiens furent délibérément affamés jusqu’à ce que mort s’ensuive ; Joseph Staline craignait la force du nationalisme rural. Une fois ces Ukrainiens éliminés, on amena des Russes, parfois déportés depuis d’autres coins de l’Urss, afin qu’ils vivent dans ces villages dépeuplés, achevant ainsi le processus de génocide culturel. Les arrestations de personnes considérées « trop ukrainiennes » allaient continuer jusque dans les années 1980.

Read More

Première Indépendance
– Chronologie succincte 1917-1921

Les événements cruciaux de 1917 et des années suivantes en Ukraine, regroupés par entité politique ou étatique. Ci-dessous, quelques cartes d’époque résumant les revendications territoriales ukrainiennes basées sur le principe des nationalités. Le Kouban est clairement désigné comme ukrainien. Une partie ou la totalité de la Crimée également.

 

EMPIRE RUSSE (en révolution)
  • Février 1917 – Révolution modérée en Russie. Gouvernement provisoire de Kerenski.
  • Mars 1917 – Abdication du tsar Nicolas II. ◊ En Ukraine, création de la Rada Centrale, conseil des Ukrainiens puis de toute l’Ukraine. Les frontières administratives de l’Ukraine ne sont pas approuvées en Russie.
  • Mai-juin 1917 – Création d’un Comité militaire ukrainien destiné à organiser la future armée régulière de l’État ukrainien. Petlura a sa tête. Vynnytchenko dirige le gouvernement du Conseil ukrainien.
  • Juillet 1917 – Gouvernement provisoire de Kerenski en Russie. Il reconnaît le gouvernement autonome ukrainien.
  • Octobre 1917 – La Rada Centrale évince militairement (mais sans violences) le Gouvernement provisoire à Kiev. ◊ Putsch bolchevique contre le Gouvernement provisoire en Russie, également sans violences.
  • Novembre 1917 – Les bolcheviques tiennent Moscou. Promesses d’autodétermination pour les peuples de l’empire russe. ◊ En Ukraine, proclamation de l’UNR, République populaire d’Ukraine, par la Rada Centrale. Autonomie dans le cadre d’une confédération avec la Russie.
  • Décembre 1917 – Lénine reconnaît officiellement le droit de l’UNR à l’indépendance. Au Congrès des soviets à Kiev, seuls 4% des délégués sont bolcheviques. ◊ Les bolcheviques d’Ukraine font sécession et tiennent un Congrès alternatif à Kharkiv. Seuls 4 Ukrainiens y participent, mais il est décidé que le Donbass sera transféré à la Russie et l’Ukraine fédéralisée au sein de la Russie bolchevique. ◊ Lénine fait volte-face et envoie des gardes rouges à Kharkiv en vue de reprendre l’Ukraine.
TRAITÉS de BREST-LITOVSK
  • Fin décembre 1917 – Délégation de l’UNR (République populaire d’Ukraine, indépendantistes) en vue d’une paix séparée avec l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie.
  • Janvier 1918 – INDÉPENDANCE. En échange d’une paix séparée, moyennant l’approvisionnement en céréales des Empires centraux, l’UNR demande assistance à l’Autriche et à l’Allemagne contre la Russie Bolchevique pour tout le territoire ethnique ukrainien. Clause secrète signée avec l’Autriche-Hongrie prévoyant la création d’un état ukrainien (Galicie + Bucovine) au sein de la couronne.
  • Mars 1918 – Sous la pression allemande les Bolcheviques russes reconnaissent l’UNR (Lénine temporairement « favorable » à l’indépendance ukrainienne, misant sur la Révolution mondiale). En mai, toute l’Ukraine, le Don et le Kouban sont libérés.
  • Novembre 1918 – Après l’Armistice et la défaite des Empires centraux, la Russie bolchevique annule le Traité.

Read More

Intraduisible Donbass
« Chroniques d’une anarchie anachronique »

Non, contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce n’est pas à cause d’une surdose d’obscénités russes « version locale ». En réalité, les raisons en sont plus profondes et partent d’une veine plus philosophique. Le problème, estime lui-même le toujours très pertinent Victor Erofeyev, écrivain et traducteur russe, c’est que la langue de nos protagonistes est déjà originale en soi, tout comme peut l’être leur système de pensée en général. Leur patrie, ce n’est pas la fameuse DNR, autrement dit la république populaire (très populaire…) de Donetsk, ni même leur fantasmée Novorossia, mais une… ville utopique, Tchevengour, que les lecteurs d’Andreï Platonov connaissent bien. Ville fictive donc, et pour une fois au sens littéraire, et pas uniquement politique.

Pour tout problème traductologique, on peut se fier à Victor Erofeyev: c’est non seulement l’un des auteurs russes contemporains les plus connus dans le monde, mais surtout un être biculturel de nature, autotraduit en français et en quelque sorte un enfant de Paris. Il est issu d’une famille elle-même assez originale, ses parents ayant tous deux traduit et, à ce propos, son père qui faisait partie du corps diplomatique soviétique, fut même l’interprète personnel de Staline dans la langue de Molière.

Revenons donc un siècle plus tôt, quand Andreï Platonov était en train de devenir l’écrivain que nous connaissons. Ce n’est peut-être pas le plus lu d’entre les classiques russes, mais il en demeure sans doute le plus actuel. Ces incomparables héros sont encore à la page et semblent vivre parmi nous. Et si, comme le proclame Alexandre Nevzorov, la littérature russe – entre l’hystérie des cherchent-dieu à la Dostoïevski et les peines d’amours inassouvies des chlorotiques demoiselles en crinoline de Tolstoï – est aujourd’hui largement périmée, l’œuvre de Platonov quant à elle résiste toujours au temps qui passe, et vivra tant que vivra l’immortelle âme russe. Car selon la très juste formule de Victor Erofeyev, le génial Platonov n’est rien moins que le Jung du peuple, l’analyste, pour ainsi dire, de l’inconscient russe et le guide des plus sombres, des plus occultes tréfonds de leur âme nationale. Et il y a découvert quelque chose que le peuple plein-de-dieu, ni ses thuriféraires étrangers ne veulent ni voir ni entendre, aimant comme toujours l’âme russe à distance et à travers ces nobles intellos névrosés qu’on rencontre chez Tolstoï, Dostoïevski et Tchekhov.

Contrairement à ces derniers, Platonov était issu du peuple ; c’était qui plus est un « vrai » ingénieur, et pas juste un ingénieur des âmes humaines, comme Staline aimait appeler les hommes de lettres. Il connaissait donc le mécanisme interne de son peuple sur le bout des doigts et pouvait littéralement le démonter pièce par pièce pour nous en restituer la moindre fibre, mettant à nu ces archaïques, anté-logiques et pré-rationnels structures mentales, qui n’étaient au fond que celles de sa propre tribu avec tout le soubassement de leurs antinomies primaires: familier/étranger, supérieur/inférieur, fort/faible, noir/blanc, etc. Après avoir, de sa plume acérée, extirpé la psyché populaire qui gisait au plus profond du for intérieur collectif, il lui offrit sa Parole. Mais une parole à part, barbare, puérilement naïve, primitive, truffée de subtilités, défigurés et ipso facto à peu près impropres à la traduction.

Cette image n’est claire pour personne, sauf pour nous. Platonov est intraduisible, car les autres langues ignorent les valeurs et les « notions » décrites par Platonov dans Tchevengour. – Victor Erofeev

Platonov est impérissable également de par l’Utopie dont il traite dans ses œuvres. L’Utopie n’existe pas seulement en dehors de la géographie réelle, comme nous le savons, mais aussi au-delà du temps, au-delà de l’histoire1. Tchevengour, ville éponyme du principal roman de l’écrivain, n’est pas localisable avec précision, mais on devine que l’action se déroule quelque part aux confins de l’Ukraine et de la Russie, dans le terroir natal de l’auteur lui-même, perdu entre Voronej et Belgorod – c’est à dire dans une zone de turbulence accrue, où perdure l’éternelle bataille des limites, y compris des limites civilisationnelles. On aurait pu, avec autant de fortune, planter l’action quelque part entre Thorez et Anthracite, ou disons un quelconque Léninabad2 qui à l’inverse de son prototype historique, résiste aux cataclysmes de l’histoire et ne suit pas la grande vogue ukrainienne des léninopads (comprenez : chutes des statues de Lénine)3.

Read More